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Publié le 8 Avril 2014

 Peintures-2-9848.JPG Le 25 mars est un grand jour à triple titre ! Vous le savez déjà, c’est celui de mon anniversaire. Mais c’est aussi celui de Guillaume  Sorel ! Chouette coïncidence pour notre rencontre café / croissants chez l’auteur le jour de nos anniversaires, à quelques kilomètres de Rennes ! Notre entretien a duré un peu plus d’une heure trente. Ce billet ci sera donc consacré uniquement à nos échanges concernant le Horla. Un autre billet viendra et évoquera plus l’univers de la BD 
 
 
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Moi : Le Horla, comment y êtes-vous venu ? Ça vous arrive de travailler sur commande ?
GS : Une seule fois, c’était le cas pour « Les derniers jours de Stefan Zweig ». C’est l’éditeur qui me contacte. Comme L.S est chez Flammarion, même entité que Casterman. Ils se dont dit qu’il serait bien d’en faire une adaptation BD. Il se trouve que la directrice de collection avec laquelle je travaille ne me l’a pas demandé par hasard. Il se trouve que je venais de travailler sur un guide pourhorla-guillaume-sorel-maupassant-L-EaI9m0.jpg Prague, j’aime Zweig. J’ai dit oui tout de suite, ça m’intéresse. Après, effectivement,  je me suis posé des questions ! « Travailler avec un écrivain qui veut adapter son roman…. Ca va dépendre de beaucoup de chose dans la rencontre. Je ne voulais pas qu’il me prenne juste pour un illustrateur, je voulais coadapter avec lui puisque j’avais aussi des idées sur le sujet. J’ai vu aussi l’adaptation au théâtre de son livre, donc j’ai pu voir qu’il savait jouer avec ses personnages. Et nous avons pu travailler sur l’histoire du couple.
 Le Horla, c’est vieille envie, très ancienne. Tous mes bouquins, même ceux qui sont très fantastiques, sont toujours inspirés par des auteurs, souvent du 19ème, qui je cite.
En plus, dans la famille on habitait vraiment sur les lieux de l’action. Ca me permettait aussi de redessiner les lieux de mon enfance. D’ailleurs, la forêt dans laquelle il se promène était à 100 mètres de chez moi. D’ailleurs, à 12 ans, on ne regarde plus cette forêt de la même façon après avoir lu le Horla, même si ce n’est pas là qu’il se passe les pires choses !
 
Moi : J’imagine qu’avant de vous mettre au travail, vous avez relu l’œuvre originale ?
GS : Oui, c’est un titre sur lequel je revenais de toute façon régulièrement. Et puis c’était un titre très compliqué à adapté.
 
Moi : Donc plus c’est compliqué, plus ça vous excite ?
GS : Oui ! Faut qu’il y ait un peu de challenge ! Et puis c’est un personnage qui me touche personnellement, parce que je m’identifie pas mal à lui, pas dans sa folie, mais dans pas mal d’autres choses, notamment son enfermement. Le fait que ce soit un journal, qu’il n’y ait pratiquement pas d’action, pas de faits vraiment importants, pas de scènes avec 100 000 figurants mais une rose qui se coupe toute seule… je savais que cela allait être intéressant, prenant.
 
Moi : Alors comment vous y êtes-vous pris ? Brouillon ? Comment donner forme à cette espèce de bête ?
GS Je passe d’abord par écrit, par plans. Je savais que je ne voulais de récitatif, pas de voix Off, de grands encarts de texte. Donc pour amener de la vie et que le lecteur soit au plus proche de sa descente aux enfers, il fallait que j’amène du texte et dialogues. Je n’allais tout de même pas faire une BD silencieuse, même si cela aurait pu être le cas ! Donc c’est ainsi que viennent certaines astuces, comme l’intervention du chat. 
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Moi : Pourquoi un chat ?
GS : Pour 2 raisons ! C’est que c’est mon chat, et que je mets mon chat dans tous mes albums. Et puis la raison plus forte, c’est que ayant toujours eu des chats, je sais que je parle avec mes chats…C’est une astuce scénaristique qui m’a paru plausible pour faire parler le personnage. Il y a aussi l’aspect un peu étrange du chat, sa symbolique. Un être un peu entre la vie et la mort, qui perçoit des choses que les humains ne perçoivent pas encore. En même temps, cela m’a fait un peu hésiter, car cela amenait un indice fort sur l’aspect fantastique de la chose. Si le chat ressent aussi quelque chose d’étrange, alors on peut imaginer que le personnage n’est pas fou.
  
Moi : En même temps, le chat peut aussi simplement ressentir le changement sur son maitre ?
GS : Oui, c’est ça, voilà. C’est pour cela que je me suis autorisé à utiliser le chat. Sans compter qu’à chaque fois que j’ai fait un changement par rapport à l’original, c’est tout de même lié à Maupassant. Lui a écrit une nouvelle qui s’appelle « sur les chats », une nouvelle un peu bizarre dans laquelle il explique un peu son rapport aux chats. C’est pareil, autour du Mont Saint Michel, quand il traverse la baie, son guide lui raconte une histoire autour de la création, ce n’est pas dans la Nouvelle le Horla, mais dans une autre nouvelle de Maupassant qui s’intitule « Les gens du Mont Saint Michel ». Je m’amuse à piocher dans son œuvre pour que tout paraisse cohérent et respectueux vis-à-vis de l’œuvre.
 
http://static.skynetblogs.be/media/149064/888749419.jpgPour plein de gens, adapter c’est vulgarisé et faire en sorte que les lecteurs n’aillent pas vers l’original. Chose avec laquelle je ne suis pas du tout d’accord. J’en ai encore eu la preuve avec le Zweig. Beaucoup des lecteurs de la BD que j’ai rencontrés depuis deux ans ce sont amusés à relire du Zweig. Là, si je peux amener les gens à relire du Maupassant, ce sera très bien comme ça. Je pense que le cinéma, auprès d’une génération, remplace le texte. Mais une BD, c’est déjà un objet livre, c’est déjà un effort de lecture, c’est déjà tourner des pages. Donc je pense que cela peut amener plus facilement vers le livre original, même si les 2/3 des lecteurs, ne le lirons pas, s’il y en a 1/3, c’est déjà bien !
   
Moi : Pourquoi ne pas avoir publié chez Casterman ?
GS : Parce qu’il y a eu quelques soucis là-bas…. Le patron est parti pour monter « Rue de Sèvre », avec mon éditrice d’ailleurs ! Autre chose, la BD n’est pas un domaine qui paie bien ! A moins de vendre vraiment beaucoup. Je vends pas mal, mais ce n’est pas suffisant pour mener une vie confortable, donc il vaut mieux avoir quelque chose à côté et être sur plusieurs projets à la fois.
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Moi : Comment commence-t-on une BD ? Par le quadrillage des planches ?                           GS : Aucune BD ne peut commencer par des planches. Cela commence toujours par l’écrit. A part peut-être dans les tentatives psychédéliques des années 70 ! On construit une histoire, on l’écrit, on la scénarise après. Pour le Horla, il fallait que je décortique, que je fasse un résumé de l’histoire, scène par scène pour voir comment j’allais m’y prendre. Il y a exemple 150 façons d’aborder l’histoire d’un type qui rentre quelque part ! L’étape scénario est un travail monstrueux et juste passionnant en fait ! On décide du point de vue, des intentions, de ce que l’on veut raconter. Il me fallait voir aussi ce que je voulais raconter à l’intérieur d’une histoire existante. Comment aussi résumer toute l’histoire en une ou deux pages… par exemple avec la scène de l’oiseau, qui n’existe pas dans l’œuvre de Maupassant. L’oiseau qui se cogne à une vitre parce qu’il se frotte à une matière qui n’est pas visible. A résume bien l’histoire du livre, celle d’un être et de son état de panique face à une chose qu’il ne comprend pas… Il y a aussi le symbole de l’enfermement. Tout cela se fait d’abord que par écrit. Comme j’avais déjà pas mal travaillé en amont, j’ai dû réaliser ce travail en un mois environ. Une fois que j’ai tout écrit scène par scène, je transmets cela à mon éditeur, qui donne son aval. Je sais en gros à quoi le visuel ressemblera, mais rien n’est encore dessiné. J’envisage ma mise en scène comme une mise en scène de théâtre assez lente. J’aime bien les silences, le sens des gestes… Il faut que j’aie déjà un peu une idée visuelle pour savoir combien de pages par exemple je vais dédier à telle scène ou telle autre, même si les choses peuvent évoluer dans la réalisation.
 

Moi : Et la représentation de ce fameux Hora, comment vous est-elle venue ?

GS : Il y a quelques bricoles pour lesquelles je n’ai aucune idée visuelle à l’avance. Par exemple, pour les cases où le Horla intervenait, je ne représentais rien, je laissais des espaces vides. Puis  j’ai dessiné de façon instinctive quelque chose qui me mettrait moi-même vraiment mal à l’aise. 280px-John_Henry_Fuseli_-_The_Nightmare.jpgJ’ai pensé au tableau le cauchemar de Füssli, image qui a été réutilisée pour plein de choses, couvertures, cinéma…. Dans le texte, cette chose l’oppresse, lui pèse sur la poitrine. J’imaginais que cela pouvait être humanoïde, puisqu’il y a toujours cette notion de reflet… C’est d’ailleurs peut-être l’auteur lui-même, ou une excroissance de lui. Alors voilà, je me suis laissé aller. J’ai une technique un peu compliqué. Je commence par un crayonné, après je fais un tracé à l’encre et la plume par-dessus. Après je monte avec un levis d’encore de chine en noir et blanc avec plein de nuance. Après je pose des encres de couleurs et après, je travaille à la peinture par-dessus. Donc ça fait beaucoup de couche et je me suis dit : « Je vais monter  mon truc et probablement qu’à la fin, on sera dans l’obscurité » ! C’est un grand classique ! Quand il y a une scène d’obscurité dans mes albums, on n’imagine pas, mais bien souvent, j’ai tout dessiné et je décide à un moment de faire disparaitre ou pas les choses. Donc j’ai monté mes bleus pour le Horla, on arrive donc à un rappel de l’eau et du reflet. Puis quand l'image m’est apparue suffisamment étrange et malsaine, je me suis arrêté là et j’ai décidé à ce moment-là que l’on verrait le Horla.

 

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J'ai l’impression que le thème de la folie, à différents degrés, revient souvent dans vos albums ?

GS : Ah, je ne sais pas, je n’ai pas analysé ! J’aime le fantastique pour ça. Pour moi, le fantastique s’intéresse vraiment à ce qui est à l’intérieur de l’esprit humain, à l’être humain qui s’intéresse à lui-même et à sa position dans le monde alors que la Science-Fiction s’intéresse plus à la société et l’organisation générale du monde. Au 19ème le fantastique est souvent utiliser comme un moyen. Les personnages se trouvent devant des situations tellement inacceptables qu’ils sont obligés d’aller chercher des réponses en eux-mêmes et de s’interroger sur leur vie, sur ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Le fantastique permet de faire réagir les personnages de façon un peu extraordinaire.

     

Moi : L’éditeur vous a-t-il demandé des coupes ou des retouches ?

GS : On ne peut pas me demander de retoucher ou de modifier quoi que ce soit, même à l’écriture scénaristique. Bon, il se trouve que je fais pleinement confiance en l’éditrice avec laquelle je travaille, qui a une bonne connaissance du marché, elle a un vrai regard sur la littérature, sur le scénario. Chacune des remarques qu’elle m’a faites étaient extrêmement judicieuses et cela a enrichi le projet. Donc je tiens compte de ses critiques, même si j’en laisse une partie de côté. Couper dans des planches est juste pour moi pas possible, même s’il y a des éditeurs qui le font et des dessinateurs qui se laissent faire. La seule chose sur laquelle on peut vraiment discuter, c’est sur la couverture. La couverture, c’est la publicité et le métier des éditeurs.

 

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Moi : Est-ce Maupassant qui vous a inspiré pour les traits du personnage ?

GS : Oui, même s’il était plus empâté. Et puis j’étais intéressé d’y glisser une image de dandy du 19ème siècle.

    

 

Moi : Une planche originale, à quoi cela ressemble –t-il, et combien d’heures de travail représente-t-elle ?

Les planches du Horla m’ont occupé entre 9 et 10 mois, soit entre 30 et 40 heures par planche. Leur taille est de 50 x 65 cm. Je les réalise sur du papier de 400 à 450 grammes, avec des encres et de la gouache. Je ne mets jamais d’aquarelle sur mes planches. L’aquarelle est réservée à mon plaisir personnel en extérieur. Entre autre parce que j’aime faire mes pigments moi-même, ce qui prend trop de temps ! Impossible en BD !

 

 

 

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  Et pour finir, le Selfie du jour !

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Interviews exclusives !

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Publié le 13 Août 2013

http://www.vampires-sorcieres.fr/images/upload/auteurs/zoom/frederic_mars.jpg    Ces derniers mois, sur ce blog, vous avez pu lire mes chroniques sur deux thrillers de Frédéric Mars, et deux coups de coeur pour moi :

Non Stop  et le récent Le Manuel du Serial Killer, deux romans parus aux éditions Black Moon chez Hachette.

 

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Cela fait un moment que je ne m'étais pas frottée à l'exercice de l'interview, et Frédéric Mars a accepté de suite de jouer le jeu, avec un délai de réponse franchement rapide

 

 

 

Voici donc les secrets les plus terribles de Frédéric Mars !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Devient on auteur de thrillers parce que l’on est tombé petit dans la marmite, parce que l’on ne trouve pas de thriller à son gout ou pour exprimer la part obscure qui est en soi ?!

FM : Sans doute un peu de tout cela réuni. Mes raisons conscientes sont presque plus techniques : j’aime la mécanique narrative des thrillers, leur tempo. Je l’ai appliquée à d’autres sujets mais, à force, j’ai eu envie de l’explorer dans son « jus » naturel, c’est à dire de purs romans noirs

Sans vouloir vous graisser la patte, je dirais que l’intrigue de Non Stop tient du génie. Quelle est la genèse d’une idée aussi diabolique ? Si ce roman s’était déroulé sous l’administration Bush et non Obama, l’issue aurait elle était la même ?

FM : L'idée m'est venue assez simplement, d'une brève publiée début 2010 par le quotidien anglais le Daily Mail, qui rendait compte d'une découverte du MI5, les services secrets britanniques. On y apprenait que des chirurgiens d'origine pakistanaise avaient été formés à l'étranger pour poser des implants mammaires piégés sur des femmes kamikazes. Ou d'autres types de prothèses piégées. Je n'ai eu qu'à imaginer ce que cela pourrait donner si ces implantations se faisaient à l'insu de ces mules explosives, et à grande échelle.

Sans doute pas. Le fait que mon président des États-Unis soit un démocrate, plutôt progressiste et soucieux de réformer le dispositif sécuritaire mis en place par Bush après le 11 septembre joue pour beaucoup dans le traitement du sujet. Avec Bush aux commandes, la riposte aurait sans doute été bien plus radicale, et violente !

  Comment imagine t-on l’inimaginable ? vous ne vous faites pas peur quand vous vous relisez en constatant ce que vous avez écrit ?

FM : Non, car je suis emporté par mon sujet, je vis avec, je le prends de plein fouet, comme si j’étais immergé dans les situations que je décris. Donc, hormis pour des détails de technique narrative ou d’écriture, je n’ai pas tant que cela le loisir de prendre de la distance avec mon sujet, une fois que la machine est lancée !

Le manuel du serial killer fait l’effet d’un véritable coup de bluff sur le lecteur. Y –a-t-il une recette infaillible pour cuisiner le bluff, quels sont les ingrédients ? Comme la mayo, y a-t-il un risque que le bluff ne prenne pas ?

FM :   Vous avez raison, c’est un savant dosage. Et on a beau se relire cinquante fois, on n’est jamais certain que la « mayo » a pris comme il le fallait. Et ce pour une bonne raison : dans le bluff, le lecteur apporte au moins 50% de l’effet de sa réussite. Donc tout dépend de sa propre culture, et de sa capacité à anticiper ou non certaines choses. Et comme moi, auteur, je n’écris que pour UN lecteur potentiel, et pas des milliers de lecteurs différents, il est impossible de régler ça de manière parfaite. C’est pourquoi certains adhèrent à cette fin si particulière, et d’autres pas du tout.

Non Stop est une bombe immédiate et multiple.... le Manuel du Sérial Lecteur une bombe à retardement... Et pourtant la perversion et le sentiment de manipulation y sont plus forts, selon moi. Etes vous d’accord avec ma vision des choses ? La perversion est elle particulièrement difficile à traiter en littérature ?

FM : Non Stop est plus immédiat, plus frontal, une sorte de course à l’énergie. Le Manuel repousse ses effets au maximum, et pousse le lecteur dans ses retranchements (Ai-je bien compris ? Pourquoi telle incohérence ?).

Non, la perversion n’est pas facile à traiter. Raison pour laquelle j’ai voulu mettre en scène un personnage qui s’interroge lui-même sur sa propre perversion, et le lecteur avec lui. Ca m’a semblé le meilleur dispositif pour impliquer le lecteur dans cette investigation.

 

 

Comme quelques autres auteurs français, l’action de vos romans (en tous cas les deux cités ici) se déroule aux États-Unis. Pourquoi ? De telles intrigues sont elles inenvisageable sur le sol français ?

FM : Dans les deux cas, il y avait des raisons narratives très concrètes. Pour Non Stop, il me fallait un pays déjà traumatisé par une attaque terroriste majeure. Quoi de mieux alors que les Etats-Unis post 11 septembre ?

Quant au Manuel, les lecteurs le verront par eux-mêmes, mais j’avais besoin d’un pays où la peine de mort est encore applicable, et où le phénomène des serial killers constitue une véritable culture populaire à part entière. Dernière raison, très technique : les US sont l’un des rares pays à disposer de centres psychiatriques fédéraux qui soient aussi des pénitenciers. Là aussi, les lecteurs comprendront…

Un lecteur de thriller à tendance à accélérer son rythme de lecture lorsque la le dénouement approche ? Est-ce le cas pour le romancier au sujet de son écriture : Excitation, ou attention puissance dix, ou regret de se séparer de personnages ?

FM :  De l’excitation, bien sûr. Des regrets aussi. Mais aussi un peu d’inquiétude et de fébrilité, car dans un thriller le dénouement est capital. Et puis, cela est vrai pour tout roman, thriller ou non, la fin est souvent un peu plus difficile à écrire. On ne sait pas bien comment quitter ses personnages et ses lecteurs. On est plus fatigué. Donc cela demande des efforts et une vigilance accrus.

Quel est le thriller que vous vous auriez aimé écrire... mais dommage, quelqu’un a eu l’idée avant vous ?!

FM :  Il y en a tellement ! Récemment, je dirais, Avant d’aller dormir, de Steve Watson chez Sonatine.

 

     

A quoi ressemble une journée type avec Frédéric Mars l’écrivain ? (une manie d’écriture en scoop serait la bienvenue !!!!)

FM : Je n’ai pas de manie particulière. Je suis juste très régulier et discipliné. J’écris tous les jours ou presque, du matin 8h30 ou 9h jusqu’à 18h, avec une pause le midi, y compris 20mn de sieste avant de reprendre dans l’après-midi. Si j’ai autre chose à faire dans la journée, je n’écris pas. Je n’arrive pas à me lancer juste pour une heure ou deux. Il faut je fasse chauffer la « machine » et que je m’immerge. Alors je suis 100% dedans. Mais je ne peux pas combiner dans la même journée un rendez-vous, une interview, un peu de loisirs, et un peu d’écriture.

Par ailleurs, je ne peux travailler que dans le calme absolu, et en particulier sans musique, même si je sais que beaucoup de mes confrères l’apprécient en fond pour travailler.

 

  

Quel lecteur êtes vous ? Quels sont vos 3 derniers coups de cœur littéraires ?

FM : Je suis un butineur, sans genre ni auteur fétiche. Je suis curieux de tout, et je peux passer d’un roman classique, à un contemporain très littéraire, en passant par de la SF ou du polar. Si vraiment on me cuisine sur mes auteurs favoris, je réponds généralement : Modiano, Kafka, Philip K. Dick.

Là comme ça de tête, je ne peux qu’en citer un seul : « D’autres vies que la mienne » d’Emmanuel Carrère, lu il y a peu, longtemps après sa sortie. 

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 24 Avril 2013

http://blogs.ionis-group.com/iseg/group/media/Sophie.Adriansen.mittel2.pngIl y a quelques jours, je vous présentais un livre coup de coeur pour moi," Quand nous serons frère et soeur, de Sophie Adriansen. Cette jeune auteure écrit aussi bien pour la jeunesse, une autobiographie et ce roman adulte. Elle est aussi blogueuse littéraire, et c'est en suivant son blog que j'ai eu vent de son livre que je me suis précipitée à aller acheter (commander en librairie), par réel intêret et par solidarité bloguesque. Quelle blogueuse litt ne rêverait pas d'être publiée ?! Je ne connais Sophie que par son blog, je ne sais même pas où elle vit, mon avis sur son livre est donc sans influence particulière.

Vous pouvez faire plus ample connaissance avec l'auteure via son blog http://actualitte.com/blog/sophielit/ et aussi, en lisant ci dessous cette interview maison à laquelle elle s'est soumise avec plaisir !

 

 

 

 

Sophie, pourquoi écrivez vous ?

SA : J'écris pour cerner ce qui m'entoure, pour mettre des mots sur ce que je ressens, pour poser des questions et trouver des réponses. J'écris d'abord pour moi, je pense à celui qui me lira dans un second temps, lorsque je passe de la pulsion d'écriture au travail sur le texte. J'écris parce que je ne pourrais pas vivre sans écrire, parce que l'écriture est un besoin, une soupape, une cachette, un haut-parleur. Je mets des choses à l'abri dans mes textes, j'y soigne des souvenirs, j'y crie ce que je suis trop bien élevée pour dire seulement dans la vraie vie.

 

 

Vous tenez également un blog littéraire, donc vous lisez forcément plus que la moyenne. Pensez vous que l’écriture d’un blog et la lecture régulière soient des atouts pour se lancer dans l’écriture romanesque ?
SA : La lecture me semble en effet une condition nécessaire à l'écriture. Au-delà des bienfaits sur l'orthographe et la grammaire, le fait de lire permet d'intégrer, plus ou moins consciemment d'ailleurs, des codes et des références auxquels se raccrocher... à moins de décider de s'en affranchir.

 

Quant à l'écriture du blog, c'est finalement un entraînement comme un autre : en chroniquant des livres, on affûte son verbe et sa capacité à analyser un propos. Le tout est d'oser, et plus on s'y exerce, plus les barrières tombent.

 

 

Venons en à votre roman “Quand nous serons frère et soeur”. Qu’est ce qui vous a dirigée vers le difficile sujet du ressenti (ou non) de la fratrie ?
SA : Avant d'écrire sur la fratrie, je voulais mettre en scène la rencontre improbable de deux univers. Pour cela, j'ai imaginé l'intrigue et la confrontation qui en est la conséquence. Mon histoire familiale est très éloignée de celle des deux personnages, j'ai une sœur avec qui j'ai grandi. On dit parfois qu'un ami proche est comme un frère... et d'après le Petit prince, "C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante." Le temps, la vie commune, tout est là. On l'a dit et raconté avant moi, je n'ai pas la prétention de le faire mieux que d'autres. J'avais envie de faire naître une relation fraternelle de façon accélérée. Il m'intéressait de creuser l'aspect de ce capital sympathie et affinités que confèrent (ou non) les liens du sang.

 

Dans ce roman, vous nous conduisez dans un trou perdu en Haute Loire, dans un village qui, sauf erreur de ma part, n’existe pas ? Pourquoi la Haute Loire ? Pourquoi inventer un village que vous semblez très bien connaitre ? Est-ce la magie du romancier de donner vie et réalité à ce qui n’existe pas tout à fait ?

SA : En effet, Lougeac n'existe pas, et c'est volontaire. L'idée n'était pas d'attirer l'attention sur un village en particulier, mais plutôt de mettre en scène des situations qui pourraient se produire dans tout un tas de petits villages ici ou là en France. Cependant, pour le décrire, j'avais en tête un village bien précis... que je ne nommerai pas ! Mon intrigue nécessitait que la région de résidence de Matthias réunisse plusieurs critères : un certain éloignement de la capitale, des chemins de randonnée, la possibilité de pêcher... Par ailleurs, j'avais envie de paysages rocheux, je voulais que le décor, comme la relation du frère et de la sœur, puisse paraître abrupt ou hospitalier selon les points de vue. La Haute-Loire s'est imposée assez rapidement. Une fois mon choix arrêté, j'ai étudié les noms des villages afin d'en inventer un qui soit le plus plausible possible. Dans le coin, les noms de communes en -ac sont légion...

 

Je ne sais pas s'il l'on peut parler ici de magie, mais c'est en tout cas un pouvoir fort agréable que de construire des situations et des décors tellement réalistes que le lecteur en vient à se demander s'ils existent ou ont existé. De toute façon, le romancier ne fait que cela, reproduire le réel...

 

 

Comment sont nés les deux personnages ? En effet, Louisa est une métisse citadine qui ignore tout de ces origines et Matthias un paysan bourru ? Louisa aurait tout aussi bien pu être blanche par exemple ?
SA :Le personnage de Matthias a été le déclencheur de l'écriture du roman. Il m'est apparu très vite comme il est dans le roman : fermé, portant en lui une révolte silencieuse, solitaire mais aussi prompt à être aimable avec qui sait comment le prendre et, au fond, généreux. Lorsque je l'ai imaginé, je voulais que la confrontation avec sa demi-sœur soit particulièrement inattendue. J'ai donc forgé un deuxième personnage très, très différent en termes de culture, d'ambition, de style de vie. Que Louisa soit métisse permet de nourrir le sentiment de persécution qui ne quitte jamais ce personnage. Elle est parfois un peu parano, et l'hostilité qui existe dans bien des villages à l'égard de tout "étranger" (toute personne, en fait, qui n'est pas du cru) vire au racisme dans son esprit...

 

 

Que ce serait il passé si les deux protagonistes avaient décidé de procéder à l’inverse.... Matthias qui aurait débarqué à Paris ? Cela pourrait il être le sujet d’un autre roman qui possèderait le même pitch mais évoluerait de façon opposée ?
SA : C'est une idée ! La confrontation aurait été plus explosive, et le clash serait intervenu plus tôt dans l'histoire sans doute, car l'appartement de Louisa est minuscule. Mais je ne vois pas Matthias tenir plus de quelques jours dans une grande ville... et je ne suis pas certaine que Louisa lui aurait couru après s'il avait fui avant qu'elle ait le temps de s'attacher à lui. Fin du livre avant la page 80... triste destin pour les personnages ! Blague à part, ç'aurait été un tout autre livre... et la prise de conscience de Louisa n'aurait peut-être pas eu lieu.

 

 

Comment avez vous écrit ce roman ? Rapidement, sur des années, l’histoire vous trottait en tête depuis une éternité ou vous est elle venue subitement ? Quelles sont vos habitudes d’écriture ?
SA : Comme je le disais, tout est parti du personnage de Matthias. Une semaine après avoir croisé la personne qui me l'a inspiré, j'ai jeté les bases du roman : entre temps, l'intrigue avait pris forme dans mon esprit. Le premier jet s'est écrit presque tout seul, en quelques mois, avant que je ne reprenne l'ensemble pour le retravailler dans sa globalité et en détail.

 

Je n'ai pas de rituels d'écriture particuliers, mais j'ai besoin de calme, et de travailler sur mon propre ordinateur : la présence des autres textes me rassure.

 

 

En janvier 2013, vous avez publié une biographie sur le comédien Louis de Funès, dont nous célébrons cette année le trentième anniversaire de sa mort. Pourquoi lui ? Que vous évoque ce personnage, quelle place a-t-il pris dans votre vie. Comment avez vous travaillé sur ce livre ?
SA : Louis de Funès m'évoque l'enfance. C'est un personnage fédérateur, qui réunit la famille toute entière sur le canapé, car il a eu l'intelligence de choisir des scénarios qui ne le couperaient pas du jeune public. Les films dans lesquels il joue peuvent avoir plusieurs lectures, mais tous sont accessibles dès le plus jeune âge. Les mauvaises langues s'en sont donné à cœur joie quant à l'homme : on l'a dit égoïste, colérique, avare... En cherchant à mieux le connaître et à comprendre sa façon de travailler, j'ai réalisé que Louis de Funès était à mille lieues de ce qu'on a dit de lui. Et c'est ce personnage là, perfectionniste et travailleur, généreux et réservé, que j'ai eu envie de raconter. Pour ce faire, je suis allée piocher dans les souvenirs de ceux qui l'ont côtoyé et pour qui il a compté...

 

 

Vous avez écrit des livres pour la jeunesse, une biographie, un roman adulte. Des exercices que j’imagine bien différents ? Comment et pourquoi s’attaque-t-on à l’un ou à l’autre ? Et si vous ne deviez choisir qu’un style de livre, lequel vous apporterait le plus ?
SA : La biographie est effectivement un exercice à part : elle nécessite non seulement de la documentation, mais aussi et surtout un respect scrupuleux de la vérité. Pour le reste, que j'écrive pour les adultes ou les plus jeunes ne fait pas tellement de différence : je veux dire par là que si je veille au vocabulaire et aux tournures des phrases quand j'écris pour les enfants ou les ados, je ne change en revanche rien à ma façon de raconter les choses, de créer mes personnages ou de construire mon intrigue. Ce sont avant tout les sujets qui dictent la cible... et j'ai encore dans ma besace bien des choses à dire aux enfants et aux plus grands, parce que j'ai encore bien des choses à faire dire à l'enfant que j'ai été, et que chaque jour m'apporte des choses à dire en tant qu'adulte sur le monde d'aujourd'hui. Voilà pourquoi il m'est tout bonnement impossible de choisir un seul genre de livres ou un seul public. Heureusement, on ne me le demande pas ! :)

 

 

Quels conseils donneriez vous à un aspirant écrivain ?
SA :Des conseils très simples : s'écouter, ne pas se mettre de barrières, se répéter que tout est possible. Croire en soi. Ecrire le livre qu'on aimerait lire. Oser tout, sans craindre le jugement des autres, sans chercher non plus leurs applaudissements. Savoir pourquoi on fait les choses, savoir ce qu'on a à dire, ce qu'on met de soi dans ce qu'on écrit, pourquoi on dépose ce qu'on dépose dans les phrases.

 

Et beaucoup lire, évidemment. Tout vient de là.

 

 

Quelle lectrice êtes vous ? Comment choisissez vous vos lectures ? Quelles sont vos 3 derniers coups de coeur littéraire ?
SA :Je suis une lectrice compulsive, je crois que mon blog en est la meilleure démonstration ! J'ai une nette préférence pour la littérature française et contemporaine, une affection particulière pour l'autofiction. J'aime les livres courts et forts. Je choisis mes lectures en fonction de mes préoccupations et mes envies du moment (il m'arrive d'être sujette à des monomanies temporaires)... et parfois, d'éléments plus subjectifs comme un titre prometteur, une belle couverture, une quatrième de couverture qui m'emporte. Ce qui fait qu'un livre devient important tient à la fois au sujet et à l'écriture. Je suis en permanence à la recherche de styles qui font sauter les supposés verrous.

 

Parmi les récentes bonnes surprises j'ai retenu, Les Etourneaux de Fanny Salmeron, La Nuit pacifique de Pierre Stasse et Marc Beltra, roman autour d'une disparition de Mathieu Simonet. Trois univers très différents qui méritent le détour.

 

 

si besoin, les liens :

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #Interviews exclusives !

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Publié le 1 Février 2013

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Qui n'a pas entendu parler de Grégoire Delacourt cette année, qui n'a pas vu cette jolie couverture de La liste de mes envies n'est pas entré dans une librairie, n'a pas parcouru la blosgosphère et n'a pas lu ce blog avec assiduité !!!

La liste de mes envies est l'un des livres les plus vendus en France en 2012, et il a sacrément éclairé mon printemps ! Il suit le premier roman de l'auteur L'écrivain de la famille, paru en poche en septembre et chroniqué ici il y a deux jours.

Avec Grégoire Delacourt, outre l'amour pour les belles histoires, nous partageons un autre point commun : nous sommes cht'i d'coeur et d'origine. Donc tout plein de bonnes raisons pour faire plus ample connaissance avec lui, via une des mes interviews maison ! Enfin, the last but not the least... Aujourd'hui est un jour par comme les autres... Il célèbre l'anniversaire de Jocelyne Guerbette (personnage principale de la liste) et de la sortie du roman : 1 an pile poile ce jour ! Fêtons cela : http://9b.img.v4.skyrock.net/1579/19911579/pics/3028589532_1_3_mzlJGA3Q.gif

 

 

 

 

Alors, finalement, vous l'êtes devenu, l'écrivain de la famille... Et de gré semble-t-il ? Fallait-il juste que sonne l'heure ? L'insistance de votre famille a -t-elle fait reculer ou exploser (à retardement) l'évidence ? Pensez vous toujours que les rêves qu'ont les autres pour vous vous damnent ?

GD : C’est sans doute l’heure, vous avez raison. Un besoin irrépressible d’écrire en tout cas ; pas juste une envie. De là à penser que je suis devenu « l’écrivain de la famille », je n’en sais encore rien. Il est trop tôt encore. Attendons quelques livres…

 

Notons quand même qu’il y a beaucoup de fiction dans « L’Ecrivain de la Famille » ; que la mienne n’a jamais insisté pour que j’écrive et qu’à part un poème péteux par ci par là pour une fête des mères ou un jour de Noël, écrire n’était pas vraiment le sujet en ce qui me concernait.

 

Quant aux rêves que les autres font pour vous, oui, je pense qu’ils ne nous font pas toujours du bien. Quoique. Mon père aurait voulu que je fasse du droit…

 

 

Enfant, vous êtes devenus l'auteur de mots anonymes... Métier que vous avez repris plus tard, ave la publicité, puisque l'on connait certains de vos slogans sans connaître votre nom ni votre visage... Un certain goût pour l'anonymat ?... que l'on retrouve chez Jocelyne ?

GD : C’est le jeune Edouard du livre qui écrivit des mots anonymes, pas moi. La pub, c’est arrivé par hasard, une rencontre : quelqu’un qui m’a appris que cela existait, qu’on pouvait effectivement gagner des sous en écrivant des slogans. J’ai essayé et ça m’a plu tout de suite (mieux que le droit en tout cas !).

 

L’anonymat n’est pas un choix délibéré en ce qui me concerne, juste quelque chose de très confortable. Dont je me suis sans doute inspiré pour le personnage de Jocelyne.

 

  

 

Dans ce vas, votre vie va devenir difficile...Vous êtes dans le top ten des auteurs les plus vendus en France en 2012, La liste de mes envies est devenue une pièce de théâtre (tiens, d'ailleurs, qu'avez vous choisi de porter pour la première ?) et de mon côté, j'imagine bien un film...voire même un jour un César, puis un Oscar... Jocelyne serait elle contente d'aller à Hollywood ou préfèrerait elle rester au chaud chez elle avec ses copines et sa couture ?

GD : Je ne sais pas si ma vie va devenir difficile. Elle est en tout cas très joyeuse grâce à tout ce qui arrive.

 

Le soir de la première au théâtre (jean, Converse, chemise, veste –vieux schnock quoi), j’ai été très ému. Quelque chose qui tenait sans doute de la maternité. La pièce était formidable ; l’acteur (Mikaël Chirinian) prodigieux ; tout fonctionnait ; il y avait de la joie, de l’émotion, une certaine grâce et c’était comme regarder, avec fierté, un enfant qui réussit tout seul, qui fait une sorte de miracle et qui est quand même relié à vous.

 

Quant au film (qui se tourne bientôt, avec Mathilde Seigner derrière la caméra Didier Le Pêcheur) , je lui souhaite toutes les réussites possibles,  l’équipe qui s’en occupe a énormément de talent ; et je pense que Jocelyne ne refuserait pas de dire merci si ça lui était donné…

 

 

Avez vous eu un droit de regard sur ce film, avez vous participé à la rédaction du scénario ,

GD : Bien que j’aurais tout à fait pu écrire le scénario ou y participer, j’ai choisi de faire toute confiance à la production et au réalisateur pour mener à bien le projet. Par ailleurs, je travaillais sur un autre texte.

 

 

 

Pensez vous que la pièce de théâtre partira en tournée en province et passera par Rennes ?

GD : J’adorerais. Je l’espère. Je prie pour. La pièce est fabuleuse ! Et si la pièce allait à Rennes, je vous y inviterais. Promis. (Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'une sourde, et en plus, maintenant, j'ai des témoins )

 

 

Votre famille était plutôt du genre muette, vus le dites dans L'écrivain de la famille. La sortie de ce livre a-t-il redonner le goût à la parole à votre entourage ?

GD : Là encore, il faut faire la part des choses entre la fiction et le réel. Le livre a été un moment de joie dans mon entourage. Mon seul regret est que ma mère soit décédée quelques mois avant sa parution et qu’elle n’en ait rien su, rien lu.

 

 

Suis-je la seule dans vos lecteurs à voir autant de réalité dans la fiction (étant donné mon ressenti sur L'écrivain de la famille ?

GD : Non. Cependant, il faut faire la part du réel et du vrai. Le vrai est le sentiment que le lecteur doit avoir. Le réel est un des matériaux dont se sert l’auteur pour arriver au vrai. Enfin, pour moi.

 

N'y a-t-il pas justement un danger à mélanger fiction et réel (genre que l'on vous prête des qualités ou des défauts, des faits et gestes qui ne vous appartiennent pas ?

GD :Il faudrait sans doute s’aimer trop pour se poser ce genre de question et craindre les réponses… Je crois qu’un écrivain, comme certains artistes, se met nécessairement en danger. C’est cette sincérité là qui est belle.

 

 

 

 Les mots qui peuvent guérir, blesser et détruire... La liste des mots qui selon vous, guérissent, blessent, ou détruisent :

GD :Comme ça, tout de suite, je vois une expression pour chacun des ces sentiments : Viens. Tais-toi. Va t’en.

 

 

C'est tout de même étrange de nommer sa mère "l'amante" dans un roman. Est-ce la main de l'écrivain qui la nomme et augmente ainsi l'aspect romanesque du personnage, où est-ce la main du fils qui voyait réellement ça mère comme celà, ou plus tard, avec du recul ?

GD : Toujours le rapport fiction/réel.
En écrivant le personnage de la mère, je me suis inspiré des femmes sublimes du cinéma de mon temps d’enfant/ado  : Romy Schneider, Stéphan Audran ; des femmes libres à une époque où elles étaient contraintes ; fumeuses, buveuses ; à la recherche effrénée de leur bonheur et non pas du bonheur conforme. C’était une façon de rendre hommage à ces femmes qui se sont tellement battues, en silence, ces années-là. A sa manière ma mère s’est battue, mais avec d’autres armes que celles de l’Amante du livre.

 

 

Si vous aviez gagné les 18 millions d'Euros au loto à la place de Jocelyne, quelle aurait été la liste de vos 5 envies ? Pour moi, l'une des magies de ce livre est que finalement, Jocelyne écrit d'abord un liste qui ressemble à des besoins. En auriez dressé une aussi ?

GD : Sans doute.

Mais vous savez, sans avoir gagné (je ne joue pas…), mes envies sont déjà bien comblées. Et celles qui me restent ne dépendent pas de l’argent.

 

 

Quelle serait la liste de vos envie pour le Monde (Euh, pas le journal hein !)

GD :Pour le Monde (pas le journal, d’accord), 18 millions, ce n’est pas assez.

Mais si je les avais, j’essaierais d’aider les femmes battues.

 

 

L'écrivain de la famille (plutôt autobiographique), prend racine à Valencienne, La liste de mes envies à Arras. Deux livres ne font pas une généralité mais pourriez et aimeriez vous devenir un porte drapeau de ch'nord Pas de Calais qui, avec quelques artistes, emet sur le devant de la scène notre région sous-estimée ?

GD : En fait, je n’aime pas imaginer des décors lorsque j’écris. Me dire qu’il y a six marches là, une cuisine à droite, un salon à gauche, ce n’est pas drôle ; donc je m’inspire des lieux que je connais. Ca va plus vite, évite les descriptions inutiles et rend mieux l’atmosphère. D’où le choix de Valenciennes pour le premier livre.

 

Arras, c’est un clin d’œil à Jean-Louis Fournier parce qu’il a grandi là-bas et que sans lui « L’Ecrivain de la Famille » n’existerait sans doute pas.

 

J’y ai une partie de mon cœur, mais je ne suis pas un porte-drapeau de ch’nord. J’aime bien la province, j’y aime bien le temps (au sens de rythme), j’y aime bien la proximité. Je trouve qu’elle est un formidable décor. Et si ça fait du bien au Nord - Pas de Calais, tant mieux !

 

 

Jean Louis Fournier... Quel a été son rôle dans la parution de L'écrivain de la famille ?

GD :C’est à lui que j’ai envoyé mon texte en premier. Il a eu la gentillesse (ou la faiblesse) de le lire. Et il l’a envoyé chez Lattès.

 

 

 

Aviez vous imaginer que La liste de nos envies aurait un tel succès (on en rêve, mais l'imagine-t-on ) ? Celui ci vous stimule -t-il à poursuivre ou vous met il la pression ? Bref, votre plume tremble t-elle d'angoisse ou frétille-t-elle de plaisir à nouveau... (A nouveau = question cachée = un roman en court ?)

GD : On ne peut jamais imaginer un succès.

Comme on ne peut pas imaginer gagner le gros lot à l’Euro Millions. Mais on peut s’amuser à rêver de ce qu’on ferait, ce qui se passerait. C’est ce petit moment de rêve qu’on achète avec les deux euros du bulletin.

 

Pour « La Liste », ça a été une véritable surprise. Dès le Salon de Francfort en fait, où le livre fut acheté par douze pays quatre mois avant sa sortie. Ca disait que quelque chose était en train de se passer. Que cette histoire dépassait Arras, la mercerie, qu’elle possédait quelque chose d’universel. Et c’était très joyeux !

 

Quant à la suite, non, pas de pression. Comme j’ai un boulot, écrire est quelque chose en plus. Une merveilleuse source de plaisir et d’excitation.

Réponse cachée : oui.

 

 

Le talent de l'un ruine toujours le talent de l'autre...". Est-ce vrai aussi en littérature ou y a-t-il de la place pour tout le monde ?

GD :J’ai toujours cru qu’il y avait de la place pour tout le monde.
Mais, dans la publicité par exemple, quand vous gagnez un client, vous l’avez pris à quelqu’un d’autre. Il y a donc une perte, une ruine quelque part.

 

Dans la littérature aussi, je me disais que chaque nouveau livre était comme un nénuphar, qui poussait et venait se placer à côté d’un autre, que chacun d’eux était une fleur de plus à cueillir, une possibilité ; jusqu’à ce que je découvre que les tables des librairies n’étaient pas extensibles.

Est-ce que c’est le talent, je n’en sais rien. Mais tôt ou tard, c’est l’autre.

 

 

Une jolie vie peut-elle émerger plus tard, ou la vie reste-t-elle gâtée par ses mauvais bagages ?GD : Les valises, ça peut se poser. S’oublier. Se perdre.

 

 

 

Quel lecteur êtes vous ? Quels sont vos 3 derniers coups de coeur littéraires ?

GD :Gros lecteur. De la famille des éponges. Des mange-tout.

Et mes trois derniers coups de cœur :

 

« La petite cloche au son grêle » de Paul Vacca (Philippe Rey).

 

« L’atelier des miracles » de Valérie Tong Cuong (Lattès).

 

« Certaines n’avaient jamais vu la mer » de Julia Otsuka (Phébus).

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 27 Septembre 2012

En août, je lisais mon tout premier roman de la rentrée littéraire 2012 : "Laisser les cendres s'envoler" de Nathalie Rheims. Et je dois dire qu'avec ce livre qui m'a bien remuée, cette rentrée s'est annoncée sous les meileurs hospices.

Quelques jours plus tard, j'ai eu la chance de rencontrer Nathalie Rheims à La forêt des livres de Loches (37). Nous avons pu discuter du roman, mais vous le savez sans doute, ces moments sont toujours trop courts.

Mais il fut convenu d'une de mes interviews maison par internet

Et la voici ...

 

 

 

 

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

 

 Laisser les cendres s'envoler, est-ce la meilleure solution pour « renaître de ses cendres » ?

NR- Je ne le formulerai pas comme ça. Je dirais plutôt que écrire est le seul moyen d’avancer, l’écriture est forcément cicatricielle. Elle permet de faire le point et de tendre un miroir aux autres pour mieux comprendre les événements de leur vie.

 

 

 Manifestement, vous n'êtes pas d'accord avec la sagesse asiatique prônée par les 3 singes... De ces 3 singes, celui qui se cache les yeux, qui se bouche les oreilles ou qui se cache la bouche pour se taire, de ces 3 singes, lequel détestez vous le plus ?

NR- Je n’en déteste aucun. Je dis juste que garder les lèvres closes, les yeux fermés, ne pas entendre ce qui nous entoure peut sembler plus facile, mais un jour, le réel prend le dessus et vous assigne à faire face aux événements. Je préfère souffrir mais être consciente.

 

 

Ce sont les illusions perdues qui clos l'enfance ? Ce ne sont pas le corps qui évolue, les responsabilités qui s'imposent, l'indépendance financière et matérielle qui permettraient le passage à l'âge adulte ? Un adulte avec des illusions serait il encore un enfant ?

NR - Bien sûr que non. Rêver que tout est encore possible n’est pas le signe d’un quelconque infantilisme. Si le rêve s’arrête où trouver l’énergie d’avancer ? Ce que je préfère chez les adultes, c’est la part d’enfance qui reste en eux.

 

 

 Faut il avoir vécu la blessure pour l'écrire et la décrire ?

NR - Ça dépend de qui on est. Mozart ou ses équivalents certainement pas, mais je pense qu’à partir du moment où on n’est pas un génie, il vaut mieux avoir vécu avant d’écrire, car décrire ce qu’on n’a pas ressenti est un exercice bien dangereux. C’est comme l’amour, comment écrire sur ce sujet, si on ne l’a jamais éprouvé.

 

 

Lors de notre rencontre, vous m'avez confié avoir ressenti assez peu d'émotions à l'écriture de ce livre. Alors quelle est la recette pour en provoquer autant chez le lecteur tout en en ressentant si peu ? Est-ce juste le don de l'écrivain où y a-t-il autre chose ???

NR - Ce n’est pas parce que je n’ai pas ressenti d’émotion en écrivant que je n’ai pas pu faire appel à mes souvenirs et aux infinis chagrins de mon adolescence. Il me suffisait alors de faire appel à ces souvenirs pour pouvoir les écrire avec l’émotion que j’avais ressentie à l’époque.

 

 

Votre CV est impressionnant et dans de multiples domaines.... A celui qui ne vous connaît pas et qui vous demande votre profession, que répondez vous ? Et si vous ne deviez garder qu'une casquette, quelle serait elle ?

NR - Écrivain sans hésiter. Toutes mes expériences passées m’ont conduites à ça. Si je ne devais faire qu’une chose, ce serait écrire et puis c’est la seule activité qu’on peut faire sur une île déserte ce qui convient très bien à ma nature.

 

 

 

Quel regard portez vous sur le phénomène « rentrée littéraire », tant en qualité d'auteure que de lectrice ?

NR - C’est un moment formidable pour les écrivains et les éditeurs, en fait pour tous les gens qui travaillent dans le milieu littéraire, car beaucoup de place est faite aux livres dans de nombreux médias. Il y a une réelle émulation et les gens vont dans les librairies. Et puis, il y a les prix littéraires, tout écrivain rêve d’en recevoir un, un jour.

 

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 23 Juin 2012

Je suis très honorée de partager avec vous mon interview exclusive de l'auteur, scénariste, auteur de pièce de théâtre,  réalisateur et maître de conférence Philippe Claudel !

C'est la première fois que l'interviewe un césarisé !

PhilippeClaudel l'auteur, c'est Les âmes grises, Le rapport de Brodeck, La petite fille de Monsieur Linh, J'abandonne, L'enquête etc... et de nombreux prix littéraires.

Au cinéma, Philippe Claudel c'est "Il y a longtemps que je t'aime", César 2009 du premier film, Tous les soleils...

Au théâtre, c'est La Paquet, joué par Gérard Jugnot etc...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Monsieur Linh aurait il pu exister sans sa petite fille ? Quel personnage vous est venu en tête en premier : la petite fille ou le grand père ? Il me semble vous avoir entendu dire à la Grande Librairie que lorsque vous commenciez à écrire un roman, vous n’en connaissiez pas forcément la fin ? Est-ce exact aussi pour le roman “La petite fille de Monsieur Linh” ?

P.C : J’ai voulu écrire un livre sur la fragilité, l’exil, la perte et l’espoir qu’engendre l’amitié. Oui, c’était un livre porté par le sentiment, rare dans le monde, d’amitié. Je souviens que la silhouette de Monsieur Linh a été importante. Il me semblait que je voyais, comme dans une scène de la vie, une scène de cinéma, ce vieil homme avec le nouveau-né dans ses bras. Je l’ai suivi. C’est tout. C’est toujours comme cela. On suit.

  

  

  

 “C’est dur de n’avoir que sa vie quand elle est vide de tout mais coupante comme un éclat de verre”  C’est Gérard Jugnot qui déclame cette phrase dans votre pièce de théâtre le Paquet. Une vie vide serait donc plus lourde à porter qu’une vie bien pleine.... Ca semble contradictoire non ? En tous cas, dans les mots ! Les mots mentent ils donc parfois ? Et dans le Paquet de Philippe Claudel, qui a t-il ? Dans cette pièce, vous vous montrez cynique (donc forcément drôle aussi) envers notre nation et ses dirigeants, envers notre monde qui s’est effondré et notre culture calcinée ? Pessimisme  ? Réalisme ? Ces derniers mois vous ont ils rendus un peu d’optimisme ?

PC :   Je crois avoir tout dit, de ce que vous me demandez, dans cette pièce. Il suffit de la lire et les réponses se révèlent, comme dans L’Enquête, comme dans J’abandonne. Ces trois textes écrits durant ces dix ou douze dernières années, témoignent d’un désarroi face à la dureté et à la complexité du monde. D’une souffrance face à la progression du vulgaire, de la toute puissante de l’argent, face à l’effondrement de la considération portée à l’autre, du respect. Nos voix aujourd’hui crient et se perdent dans le vide, la surdité des autres. Le monde nous écharpe. Peu de choses nous pansent/pensent. La littérature le tente.

 

 

 “J’abandonne”, un roman qui traite du moment, de l’instant où un homme pourrait lâcher prise et sombrer. Je suppose qu’il y a pas mal de Philippe Claudel dans les choses qui agacent à l’extrême le narrateur : qu’est-ce qui vous insupporte le plus et qu’est-ce qui pourrait vous amener à baisser les bras dans les objectifs que vous vous fixez ?

PC :  Parler de moi n’a aucune importance et je ne le fais jamais ouvertement. En créant, on devient réceptacle et chambre d’écho. C’est tout. Je suis un être très ordinaire dont l’avis /la vie n’intéresse personne. Aussi je les préserve.

 

 

Comment l’auteur que vous êtes écrit il ? Des rituels, dans des lieux précis, dans des périodes calmes et isolé ou plutôt dans des périodes où la vie se fait inspirante, de petites notes et des post it ou direct, sur la feuille ? bref, à quoi ressemblez vous quand vous écrivez un roman ?

PC : J’écris quand je ressens le besoin d’écrire. Le plus souvent j’écris dans le ciel ou sur des rails, car je passe une grande partie de mon existence dans des avions et des trains. Dans les chambres d’hôtel aussi. C’est vide. C’est bien.

 

 

 Avez vous des méthodes de travail différentes pour l’écriture d’un scénario. Qu’est-ce qui différencie réellement l’écriture d’un roman de celle d’un scénario ? Est-ce que tout auteur pourrait potentiellement être scénariste et vis et versa ?

PC :  Ce sont deux activités radicalement différentes. Il se trouve que je les ai menées de front depuis mon adolescence ce qui conduit sans doute à une schizophrénie artistique, mais dans laquelle je trouve mon équilibre entre images et mots. Le scénario est un moment transitoire et périssable car la seule œuvre est le film. L’écriture romanesque est sa propre finalité, voilà déjà une différence essentielle.

 

 

Depuis la sortie de l’Enquête (rentrée litt 2010) et de Tous les soleils au cinéma en mars 2011, vous êtes discret. En général, dans ces métiers, discret veut dire actif. Que nous préparez- vous pour les mois avenir ?

PC : Deux livres vont sortir : l’un fin juin, Autoportrait en miettes, éd. Nicolas Chaudun, une promenade très personnelle parmi mes œuvres préférées du Musée des Beaux-Arts de Nancy – j’ai d’ailleurs enregistré un audioguide avec des extraits de ces textes que les visiteurs pourront écouter. L’autre mi septembre, Parfums aux éditions Stock : une sorte de voyage dans ma vie par le biais des odeurs et parfums que j’aime.

Je suis en pleine préparation d’un nouveau film, Avant l’hiver, que je vais tourner cet automne et qui réunira Daniel Auteuil, Kristin Scott Thomas et Leila Bekhti.

 

 

Comment fait on, lorsque l’on est écrivain, maître de conférence à l’université, scénariste, réalisateur, et humain pour avoir le temps de dormir et pour prendre le temps de répondre à cette interview ?

PC : On le fait.

 

 

Vous avez intégré cette année l’Académie Goncourt. Etait ce un souhait ou vous a-t-on sollicité ? Qu’est-ce que cela représente pour vous ? Etes vous déjà plongés dans vos “devoirs” de vacances ?

PC :  Je ne sollicite jamais rien. Je décline systématiquement toute forme officielle de reconnaissance (Arts et lettres, Légion d’honneur, etc). J’ai toujours accepté les prix littéraires qui m’ont été décernés, mais n’ai jamais rêvé de les obtenir ni n’ai rien fait pour. L’Académie française ne m’intéresse pas et je n’ai pas donné suite à certains appels de pied. Par contre, quand les membres de l’Académie Goncourt m’ont invité à les rejoindre, après réflexion j’ai accepté en me disant que je pourrais, en son sein, faire entendre ma voix et mettre l’éclairage sur des auteurs, des éditeurs, dont on parle peut-être moins que certains autres.

 

 

Comment l’écrivain que vous êtes perçoit il le phénomène de la rentrée littéraire ? Qu’attendez vous de cette rentrée qui commence déjà à se préparer chez les éditeurs ? Un auteur en particulier ?

PC : Phénomène typiquement français, la rentrée littéraire est un moment excitant à vivre comme lecteur, comme auteur aussi quand on a la chance, comme je l’ai eue jadis, de pouvoir ne pas être noyé dans cette marée d’équinoxe… Beaucoup de livres : des univers qui se confirment, d’autres qui apparaissent. Des grands textes qui ne parviennent ni à trouver leur place, ni à trouver leur public ; des romans médiocres dont on parle trop. Fausse monnaie et trésors véritables s’y côtoient. C’est un curieux mélange. J’attends avec impatience les nouveaux livres de Patrick Deville, de Vassilis Alexakis, d’Agnès Desarthe, et je viens de lire le premier roman de Yassaman Montazami, Le meilleur des jours, à paraître en septembre chez Sabine Wespieser qui a été un moment précieux de lecture. Tout comme la lecture de La Survivance de Claudie Hunziger, à paraître chez Grasset : un livre merveilleux.

 

 

Quand vous regardez votre oeuvre, pour quel livre ou quel film avez vous une affection particulière ?

PC : Les prochains. Je ne regarde jamais en arrière. J’ai cassé tous les rétroviseurs.

 

 

 Quels sont vos 3 derniers coups de coeur littéraires ?

PC : Je vous en ai déjà cité deux. On peut rajouter Il faudrait s’arracher le cœur, de Dominique Fabre, chez L’Olivier, que j’ai lu il y a deux ou trois mois, mais qui demeure en moi.

  

 

 

 

 

 

  

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 26 Avril 2012

Anne Révah est l'auteure de Manhattan paru fin 2009 et de Pôles Magnétiques paru en ce mois d'avril 2012. Deux parutions chez Arléa Editions.

 

 

 

Ma récente lecture de Pôles magnétiques m'a bien plu et inspirée, j'avais envie d'en savoir un peu plus. Alors, j'ai interrogé l'auteure. Et Anne Révah a accepté de répondre à mes questions.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Votre 2ème roman, Pôle Magnétiques, vient de sortir, deux ans après le succès de Manhattan. Ce nouveau roman est il initié par le succès du premier ou était il déjà “écrit” quelque part, évident, incontournable ? 

A.R : J’ai commencé Pôles Magnétiques juste après la sortie de Manhattan. Je voulais écrire une histoire d’amour…

 

 

Ce qui m’a frappée dès les premières pages, c’est la finesse et la qualité de l’écriture. Est-ce chez vous un “don” de naissance ou le fruit d’un long travail ?

A.R : Dit comme ça, c’est un peu délicat de répondre, j’écris depuis l’adolescence, mais je travaille ce que j’écris bien sûr.

 

 

Comment écrit Anne Révah ? De jour, de nuit, dans un bureau, sur la table de la cuisine, avec mille post it ou directement ? Sur écran ou sur papier ?.... Une manie ?

A.R : Je n’écris jamais la nuit…J’écris tous les jours, parfois une demi-heure, parfois des heures, je me promène avec mon ordinateur.

 

Premier titre : Manhattan (lié à une tâche sur la peau qui fait penser à l’île New Yorkaise). Le 2ème roman se situe en Arizona, dans le Far West Américain.... Une attirance, une fascination pour le nouveau monde, où simplement ses larges possibilités romanesques ?

A.R : Je ne connais pas très bien les Etats-Unis, mais j’aime les paysages américains, l’étendue, et l’idée d’une traversée.

 

 

Pôles Magnétiques se déroule donc à Tucson, ville entourée de désert. Le désert a une symbolique très forte d’isolement, de chaleur, d’infini, de soif, de danger, d’égarement, de méditation. J’imagine que cette symbolique est voulue et n’est point hasardeuse. Mais, mais, pourquoi pas le Nevada, ses déserts et ses casinos où même Colorado Springs, avec la fissure du Grand Canyon comme symbole qui aurait pu servir aussi votre sujet non ?

A.R :En fait, je ne suis jamais allée à Tucson, mais j’ai découvert la ville à l’occasion des expéditions sur Mars qui me fascinent, la NASA a des laboratoires importants à Tucson, en regardant sur internet les informations sur Tucson, et sur Mars, j’ai découvert par hasard qu’il existait le désert de Sonora, alors que justement j’avais été très impressionnée par les images de Mars rapportées par des sondes, c’était des images d’un gigantesque désert rosi. C’est comme ça que j’ai choisi Tucson et le désert de Sonora…

 

 

Le climat, la sècheresse et la chaleur tiennent un rôle important dans le roman. Dans votre vie, avez vous déjà fait l’expérience des transformations personnelles  liées à un changement climatique conséquent ? Est-ce le climat qui est seul responsable de ses changements où les “torts” peuvent ils être partagés avec la distance, l’éloignement de son noyau ?

 A.R : Je pense que des modifications du monde extérieur, familier, la chaleur ou le froid, les lumières inhabituelles, sont des occasions de changement en soi, dont on pense rien, juste qu’on ressent et qui installe les conditions de grand changement, de rencontre, de hasard.

 

 

Ce roman analyse l’infiniment petit du début et de la fin de l’amour... Vous croyez à l’aspect magnétique qui attirent deux êtres.... Mais en même temps, ne dit on pas, qui se ressemble s’assemble. Hors, quand on est pôle, il faut être Nord et Sud pour se rejoindre.... Où se trouve l’autre ?

A.R : Je voulais parler de l’évidence dans certaines rencontres amoureuses, une radicale évidence, il n’y a pas mieux que les forces magnétiques pour dire cela, on ne peut pas donner d’explication, de justification, ça s’impose.

 

 

 Me trompe-je ? Mais il me semble que le sujet de l’écart entre la force sociale affichée par les femmes  et la précarité intérieure et camouflée soit pour l’instant votre sujet de prédilection... Pourquoi ? Si Clarisse était une femme du 19ème siècle, aurait elle put être le même personnage malgré un contexte historique et matériel différent (le fiacre à la place de l’avion !)

A.R : Je n’avais pas du tout envisagé la question sociale, j’aime imaginer qu’il y a ce qu’on montre de soi et ce qu’on est vraiment, on passe beaucoup de temps à exposer quelque chose de soi dans les relations avec les autres, je me demande souvent comment sont les gens dans leur intimité…

 

 

Aussi bien dans Manhattan que dans Pôles Magnétiques, le rôle de l’écrit, de la confession par lettre ou texte est bien présent. L’expression épistolaire vous est elle chère et habituelle ?

A.R :Dans Manhattan, la narratrice écrit une lettre à sa mère, mais dans Pôles Magnétiques, Clarisse lit pendant son voyage un texte que Léonard lui a donné, c’est une nouvelle qu’il a écrite, et qui raconte la fin d’un amour…vous n’allez pas me croire mais je n’avais même pas remarqué que je l’avais faite comme une lettre, je vais réfléchir !

 

 

La déception mène souvent à la colère et/ou à la tristesse. Alors comment, en amour comme en amitié, peut on supporter la colère et la tristesse mais pas la déception, l’origine de tous les maux ? On peut supporter les conséquences mais pas la genèse des conséquences ?

A.R : Dans l’étymologie de déception, il y a la question d’avoir été trahi. Il n’y a pas que la tromperie amoureuse comme déception, il y a des moments d’abandon, de lâcheté qui sont des évènements aussi. Je ne sais pas si c’est être déçu qui abime l’amour ou le fait de ne pas affronter les motifs de déception, pour qu’ils ne distillent pas à notre insu leurs fiels.

 

 

Pourquoi la vérité personnelle est elle si dure à entendre pour l’autre ?

A.R  Est-ce qu’il faut dire une vérité à l’autre ? y a-t-il des vérités d’ailleurs ? Il faut être juste avec soi…

 

 

Quelle lectrice êtes vous ? Quels sont vos 3 derniers coups de coeur littéraires ?

A.R : J’aime Julien Gracq, Lawrence Durrell, et Marguerite Yourcenar

Mes lectures récentes et coups de Coeur: Jean Philippe Toussaint, et surtout Annie Ernaux dont je viens de lire plusieurs textes réunis dans l’édition Quarto Gallimard.

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 15 Février 2012

Un jour, vous lisez L'attentat et vous renconnaissez dans ce roman l'un des livres les plus fort qu'il vous ait été donné de lire.

Puis vous "L'écrivain" vous confirme que vous avez affaire à un auteur hors du commun. L'actualité littéraire vous donne la chance de rencontrer l'homme une deuxième fois et qui plus ait, de l'écouter évoquer "L'équation Africaine". Bien, sûr, au fur et à mesure que les livres de Khadra désertent votre PAL, vous les remplacer illico presto par d'autres titres...

Et puis, le bonheur suprême, recevoir les réponses de l'auteurs aux questions envoyées il y a quelques jours. Partage....

 

 

 

Dans “L’écrivain,  vous écrivez “J’irais jusqu’au bout, la patience titanesque de toujours laisser venir ce que je n’avais pas le moyens d’aller chercher”. Dans l’Equation Africaine, vous dites : “Laissons venir les choses au lieu d’aller les chercher, souvent, elles ne sont pas là où nous croyons”. Vous n’allez pas me dire que l’on arrive à un tel talent et un tel succès sans aller un peu chercher les choses tout de même ? Si on attends que les choses arrivent, il risque de ne rien se passer non ?

 Yasmina Khadra : La vie est un apprentissage. Elle nous prouve tous les jours que nos certitudes ne sont pas des vérités et nous invite à nous remettre constamment en question. Dans l'Ecrivain, c'est un enfant qui parle, un enfant sans repères ni expérience, fragile et vulnérable, qui a le mérite de se chercher dans la tourmente. Ne pouvant forcer le destin, il le subit et tente de s'en instruire. Dans l'Equation africaine, mon personnage relève d'une autre culture, d'une autre mentalité. Il a les moyens de ses défis. Les visions, dans les deux livres, s'expliquent par les conditions existentielles et ne s'érigent pas en principes inflexibles. Pour moi, les seules vertus immuables, éternelles et inaliénables sont les valeurs universelles. Ni les âges ni les guerres ne doivent les inverser.
 
 
 “Celui qui ne voit l’Afrique mourra borgne”. A ma question “Et celui qui ne voit jamais l’Afrique mourra-t-il aveugle, vous avez répondu oui. Mais la littérature peut elle être une réponse, peut-être ouvrir les yeux, rendre la vue à celles et ceux qui, pour X raisons, ne peuvent aller vivre l’expérience, voir sur place ? 
YK : La littérature n'est qu'un genre d'expression culturelle. Ce sont les personnes qui peuvent changer les choses. Ces personnes sont animées par une foi, et non pas par un talent. Ils sont médecins, syndicalistes, artistes, philosophes, ouvriers ou guichetiers. Les écrivains ne sont pas tous des éveilleurs de conscience. Certains sont même enténébrés, sectaires ou de mauvaise foi. Le seul mérite du livre est d'être un outil de réflexion et de vigilance intellectuelle. On peut mentir dans un livre, mais on n'y triche jamais. Un lecteur aguerri sait tout de suite à quel genre d'écrivain il a à faire"
 
 
 
 L'Africain, m'a-t-il révélé un soir, est un code. Déchiffrez le et vous accéderez au discernement »." Finalement, tout Homme n’est il pas un code de plus en plus complexe à décoder, quelque soit sa couleur de peau et sa culture, ce qui nous mène dans une situation de plus en plus brumeuse ?    
YK : Il n'y a de confusion que dans la méconnaissance. Cette dernière est plus dangereuse que l'ignorance. Le discernement consiste à faire la part des choses, à distinguer le bon grain de l'ivraie, à se poser les vraies questions. Certes, chaque homme est une singularité, mais l'humanité est une évolution à travers l'espace et le temps. Essayer de la comprendre consiste d'abord à se situer par rapport aux autres et à trouver sa place dans la cohue. A partir de ce repère, on peut prendre du recul pour observer ce qui se passe autour de soi. Le livre est ce recul. Il me permet de jeter un bout de lumière sur les zones d'ombre et d'accéder à certains mécanismes de la pensée humaine qui sont à l'origine du progrès ou du dysfonctionnement des rapports humains. La"brume" est dans le repli sur soi, le refus de voir ce qui se passe ailleurs.
  
 
“L’Africain est convaincu que les miracles existent, mais il ne les exige pas pour autant... sa sagesse amortit ses déconvenues”. Et vous croyez vous aux miracles.... Personnellement, je me sens bien plus Française qu’Européenne. Et vous vous sentez vous avant tout Algérien ou Africain ? J’ai l’impression qu’en Europe, on rêve de l’Afrique globale (touristique, culturellement, comme d’un tout), dont curieusement nous excluons sans nous en rendre compte le Maghreb.... Alors qu’en Afrique, il me semble qu’on rêve d’un pays Européen précis... Me trompe-je ?  
YK: La problématique identitaire ne se pose qu'aux personnes nées sous X. Les Africains ne rêvent pas d'un pays européen précis, ils ne pensent qu'à se soustraire à leurs misères et à avoir droit aux rêves. Ce qu'ils ignorent, est que les misères sont partout dans le monde sauf que, par endroits, ils sont occultés par le clinquant illusoire et les paillettes du jet-set. Il suffit à l'Afrique de s'éveiller à ses potentialités et au génie de sa jeunesse pour se découvrir un lustre enthousiasmant. Pour ma part, je suis Algérien. Par extension, je suis africain et citoyen du monde. Mon vrai peuple est celui qui défend les valeurs que je défends.
 
A part le sud Algérien avec le Tassili du Hoggar, le massif de l’Assekrem et l’ermitage du père de foucault, quel est, selon vous, l’endroit le plus beau, le plus pittoresque de l’Afrique ?
YK : Pour répondre à cette question, il faudrait que je connaisse toute l'Afrique. Et l'Afrique est un continent pluriel, magique, un puzzle de pays aux antipodes les uns des autres, aux cultures diverses. Je pense que tout pays mérite d'être connu. Heureux sont ceux qui voyagent tout le temps. Ceux-là vivent pleinement leur époque.
 
Enfant, vous voyiez  les écrivains comme des prophètes, des visionnaires, des sauveurs de l’espèce humaine.... maintenant que vous êtes devenu écrivain, vous sentez vous “sauveur de l’espèce humaine” ? n’est ce pas un poids lourd pour deux épaules ? Les écrivains seraient donc les Bruce Willis (qui dans chaque film, sauve le monde), de l’espèce humaine ??? 
YK : J'ai bien fait d'évoluer loin des milieux littéraires. Cela m'a permis d'incarner mon rêve d'enfant et de rester sain de coeur et d'esprit. Je n'ai pas rencontré cruauté plus raffinée, hypocrisie plus crasse et mauvaise foi plus criarde ailleurs que parmi les écrivains. Un monde interlope où le trafic d'influence et l'exclusion sont des armes de destruction massive.
 
 
Dans l”Ecrivain, vous dites : “Ma vie était si lamentable, si saugrenue que seul mon nom sur un livre pouvait m'en consoler »... J’imagine que ces 15 dernières années, vous avez été bien consolé non ?  
YK : Dans l'écrivain, c'est un enfant qui parle. Je crois que je suis le plus chanceux des hommes. J'ai une femme que j'aime, des enfants, des amis dans le monde entier, et des lecteurs qui constituent ma vraie tribu. Je n'ai jamais haï personne et je n'ai jamais fait du tort à quelqu'un.
 
 
 Quels sont vos 3 derniers coups de coeur littéraires ?
 
Y.K  :3 coups de coeur me sembleraient injustes.
J'ai aimé tant de romanciers!
Arbitrairement, je dirais :
1- L'arbre de misère, de Taha Hossein (Egypte)
2- Des souris et des hommes, de Steinbeck
3- Le quai au fleurs ne répond plus, de Malek Haddad (Algérie)
 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 1 Février 2012

En 2011, j'ai découvert l'auteur David Foekinos. Comme plus de 800 000 personnes, j'ai lu La Délicatesse. Impossible de passer à côté. En tête des ventes dans chaque librairie ou grande surface spécialisée de bon goût. Plus de 800 000 exemplaires vendus. Imaginez le nombre de lecteurs.. Car par exemple, celui que j'ai lu a été offert à une copine par une autre copine et toute les 3, nous avons lu le même "objet".... Donc cela fait plus d'un million de lecteurs dans un pays et à une époque où le "Tactile numérique" est roi...

 

Et puis il y a eu Les souvenirs, roman présenté par David Foekinos pour la rentrée littéraire de septembre 2011.

Ensuite, en décembre, l'adaptation ciné de La Délicatesse (toujours sur les écrans de bon goût aussi !), réalisée par l'auteur et son frère, qui dépasse les 750 000 spectateurs et est nominé pour quelques Césars !

Et récemment, ici même, la chronique du roman Nos séparations. Comme Rennes est The place to be, forcement, David Foekinos est venu.

Et comme mon blog deviendra un jour The blog to be , mes chers lecteurs, voici pour vous, sous vos applaudissements, une interview exclusive de David Foekinos !

 

 

 

 

 

 

Vous avez un style particulier, qui vous rend différenciable dès les premières pages de vos livres.... Comment qualifiez vous votre style. Est-ce un style que vous avez choisi, qui vous est venu naturellement, où qui vous a nécessité des siècles de travail ?

DF : C’est difficile pour un auteur de qualifier son propre style. Et puis il a évolué beaucoup depuis mes premiers livres. Ce n’est plus du tout le même. En tout cas, j’aime le travail de peaufinage. Quand, après le premier jet, on réécrit des dizaines de fois le texte. Avoir son style, c’est le plus important. On peut bien sûr ne pas aimer mes livres, mais je suis heureux qu’ils aient leur particularité de style.

 

Dans les souvenirs, votre personnage a la chance d’avoir un patron qui croit en son potentiel littéraire et le soutient. Quelle est la personne qui a eu ce rôle dans votre vie ?

DF : Personne en particulier. Mais parfois il suffit qu’une seule personne ait confiance en vous pour vous donner de la densité, et une forme de légitimité.

 

Quel est le meilleur souvenir de David Foenkinos l’auteur?

DF :  Il y en a plusieurs, mais récemment c’est le jour où j’ai vu l’affiche de mon film un peu partout dans Paris. Ca m’a vraiment marqué.

 

Quand on est l’auteur de La délicatesse, roman qui approche le million (d’exemplaires !), qu’est-ce que cela change dans la vie ? On change de marque de voiture et de race de chien ? On se regarde 10 fois dans la glace avant de sortir ? On répond à 50 bonjours par jour dans la rue ? On dit mille fois merci aux “j’aime beaucoup ce que vous faire” ? Où on se déguise pour aller acheter sa baguette ?

DF :  Très drôle. Non, je n’ai pas à me déguiser. Je suis auteur, pas acteur. On ne me reconnaît pas tant que ça ! Ca change juste dans le confort d’avoir le temps de penser aux prochains projets. C’est le plus grand luxe, de pouvoir vivre de son obsession. Pour le reste, je n’ai pas changé grand chose.

 

Et en tant qu’auteur, cela met la pression ou au contraire, tous les éditeurs vous font des courbettes et vous soudoient pour que vous changiez de crèmerie ?

DF : Non, pas vraiment de pression, à part celle peut-être être de ne pas décevoir les lecteurs. Je serais heureux que les lecteurs me suivent, mais je n’y pense pas matin midi et soir. « Les souvenirs » est très différent de La délicatesse. Je n’ai pas fait La délicatesse 2 !  Ma seule réelle pression est celle de trouver une bonne idée, pour la suite. Pour l’instant, je suis à sec !

 

Mais que vous a donc fait la Suède pour que vous lui en vouliez autant !!!

DF : J’adore les clichés. Je m’amuse avec. J’ai hâte d’aller en Suède pour la sortie du film et du livre. Peut-être qu’ils vont me séquestrer à la Millenium. Ceci dit, sur mon film, il y avait plein de figurants suédois, et cela les faisait rire. Et Krisprolls a été partenaire de notre avant première ! Alors ça va, les relations sont pacifiées !

 

 

Je vous cite dans “Nos séparations” : “Etre écrivain, c’est juste un alibi pour faire chier le monde”. Etes vous ch.. euh pénible quand vous écrivez ? Où même quand vous n’écrivez pas ? Quelles sont vos habitudes et coutumes d’écriture ?

DF : J’aime écrire ailleurs que chez moi. Dans le train surtout. Parfois j’accepte une dédicace à l’autre bout de la France, juste pour profiter des heures de train. Pour le reste, il faut mener une enquête auprès de mon entourage.

 

 

 Et vous voici maintenant réalisateur de ciné avec votre frère. Et pour premier film, une sacrée tête d’affiche dans un rôle qui lui va à merveille, des spectateurs ravis, des lecteurs spectateurs tout aussi ravis que de retrouver une version ciné fidèle au roman.... Tout vous réussi en ce moment, de quoi planer non ? Dites moi que vous avez pris goût au ciné et que les “Frères Foenkinos” ce n’est qu’un début !

DF :Dites donc, je devrais vous lire plus souvent. Ma vie est parfaite dans vos questions ! Oui on fera sûrement un autre film. Mais il nous faut une idée. On ne fera pas un film pour faire un film. Qui sait quand elle viendra cette idée ?? Ah !

 

  

 L’avenir du livre, qu’en pensez vous ?

DF : A moyen terme ça va encore. Mais plus tard, ça va être compliqué. C’est inquiétant surtout pour les libraires, les bibliothèques. Car le téléchargement progresse sûrement. Mais ce ne sera pas un plongeon comme pour le disque. Nous sommes trop encore à être attachés à l’érotisme d’un livre. 

  

  

Quel lecteur êtes vous . Quels sont vos 3 derniers coups de coeur littéraires ?

DF : Mon dernier coup de cœur est le dernier livre de Nicolas Fargues, La ligne de courtoisie. Un livre qui m’a marqué aussi ces derniers mois, c’est le livre de Sorj Chalandon. Et le premier roman aussi de Lise Beninca.

 

 

 

 

 

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Publié le 18 Décembre 2011

L'année dernière, Eric Faye "investissait" la blogosphère avec Nagasaki, le roman (tiré d'un fait divers japonnais) qui a décroché le Grand Prix du roman de l'Académie Française 2010. Nagasaki

Ce roman efficace sur l'intrusion des autres dans notre intimité et sur l'ultramoderne solitude... Nagasaki vient de sortir en format poche chez J'ai Lu, donc aucune raison de ne pas le lire.

Et ces temps ci, j'ai eu l'occasion de me replonger avec délectation dans la plume de l'auteur pour un sujet complètement différent... Le mystère autour d'un auteur... invisible ! L'homme sans empreintes, également chez J'ai lu depuis Octobre. Si vous aimez lire ou qu'un de vos proches vit cette passion, voici un beau coffret cadeau à offrir à Noël ou pour n'importe quelle occasion si vous loupez le coche !

 

L'homme sans empreintes

 

Eric Faye a gentiment accepté de répondre à mes questions... Si vous vous demandez qui est le fameux Osborn évoquées dans certaines d'entre elles, et bien lisez le livre. Non, je plaisante... à moitié ! Il s'agit du fameux auteur mystérieux autour de qui nous tournons dans" l'homme sans empreintes" !

 

 

Osborn, le héros de votre roman “L’homme sans empreintes” serait devenu écrivain à un moment précis, les quelques minutes où il se serait vu mourir.... Enfin, c’est une supposition. Et vous, y a-t-il eu un moment précis qui vous a vu prendre la plume et devenir romancier ?
E.F :Il n'y a pas de moment précis où l'on "devient" romancier. Devenir "romancier" (mais je suis aussi nouvelliste, essayiste, ce qui est à mes yeux aussi important que le sacro-saint "roman") ne se fait pas du jour au lendemain, j'ai plutôt l'impression que c'est un processus très lent, une installation dans un état d'esprit qui se fait au fil des années - voire commence des années avant la première publication. On peut décider de le devenir, effectivement; quant à l'"être", c'est autre chose...


 Vous avez reçu le Grand Prix de l’Académie Française pour votre roman “Nagasaki” l’année dernière. Après une telle récompense, dans quel état d’esprit se remet on à l’écriture ?
E.F : Encouragé. Rassasié d'avoir trouvé enfin beaucoup de lecteurs, d'avoir droit à un bon nombre de traductions, d'avoir, en un mot, suscité un grand intérêt. Je me remets heureux à l'écriture, mais plus exigeant sans doute : en voulant faire preuve d'un peu plus d'audace ; en voulant me surprendre, pour ne pas m'installer dans une routine.

 

Justement, récompense et succès vont souvent de pair. Hors, Osborn prétend que c’est dans le succès et non dans l’épreuve que l’on découvre ses véritables amis, que le succès se mesure au nombre d’amis perdus... Vous avez perdu beaucoup d’amis ? Car d’un autre côté, le succès apporte aussi souvent beaucoup d’amis, pas forcément les plus sincères mais... Qu’est-ce que le succès d’écrivain change dans votre vie ?
E.F : Les pensées que je prête à un personnage ne sont pas nécessairement les miennes pas plus que le reflet de ma vie. Dans cet exemple précis, ce n'est pas le cas, je n'ai perdu aucun ami en obtenant ce prix. Mais entendons-nous bien, la vie de l'écrivain n'a aucun intérêt pour son lecteur, non ?

 

 Le personnage d’Osborn est inspiré de l’un des écrivains les plus mystérieux du XXème siècle, B. Traven. Ce genre de personnage vous intrigue ou vous fascine ? Ce jeu et cette obsession de l’anonymat de l’écrivain vous tenteraient ils ? Si vous deviez disparaître, où iriez vous ? Quels sont les principaux points communs entre vous et Osborn et B.Traven qui a inspiré ce dernier ?
E.F :Je crois qu'il ressort de "L'Homme sans empreintes" qu'effectivement, le genre de personnage que représente B. Traven exerce sur moi une grande fascination, qui ne tarit pas. C'est en quelque sorte un cap à tenir, inatteignable certainement, mais néanmoins un cap que j'aperçois au loin. J'aime tout autant Romain Gary; outre qu'il est à mes yeux un écrivain capable du meilleur, sa vie et les questionnements qu'elle pose à tout écrivain m'intéressent au plus haut point... Pour ce qui est de ma vie, elle n'a aucun point commun avec celle d'Osborn ou de B. Traven, sinon que nous avons en commun la passion de l'écriture et de certaine forme de retrait, même si, dans mon cas, il n'a rien d'absolu ni de systématique.


Pensez vous qu’à l’heure de la sur médiatisation et de la multimédiatisation, un auteur (ou quel qu'autre artiste) puisse être invisible et apprécié à la fois, ce dont doute OSborn. En même temps, nombreux sont les artistes qui agissent sous pseudonymes et vivent tout à fait normalement. Il y a aussi des artistes que l’on ne voit que dans le cadre de leur œuvre, qui cloisonne leur vie privée et sont néanmoins très appréciés (les exemples qui me viennent.... euh.... Francis Cabrel...)
E.F  :Osborn a prouvé (comme Traven dans le réel) qu'un écrivain peut être à la fois discret, caché derrière son oeuvre, et jouir d'un grand succès. La tentation, à l'époque de la médiatisation à outrance, de se montrer, est plus grande, et il est donc d'autant plus crucial de veiller à ne pas succomber à cette tentation et à rester le plus possible dans l'ombre. Maintenant, un écrivain peut-il "percer", trouver ses lecteurs sans faire la moindre concession au monde médiatique actuel? J'aimerais le croire.


Osborn considère que l’artiste doit disparaître, s’effacer derrière son œuvre. Mais une œuvre est elle vraiment dissociable de son créateur ? Qui plus est, l’effacement de l’auteur crée un mystère qui engendre maintenant ce qu’on appelle un buzz... Et ce mystère en vient presque à prendre plus d’importance que l’œuvre non ? Car si on prend Salinger... Tout le monde sait qu’il vivait retiré.... Mais que connait on vraiment de son œuvre, à part l’attrappe coeur ?
E.F : Le créateur d'une oeuvre EST dans son oeuvre et nulle part ailleurs. Donc il n'est pas dissociable de son oeuvre, puisqu'il est à l'intérieur. Je crois que la question du buzz et des bruits autour du mystère ne doit pas se poser à l'écrivain qui souhaite rester dans l'ombre. Ce n'est pas son problème.


Aguila Mendès, le journaliste du roman, considère qu’Osborn n’a rien des traits qu’on prête à un écrivain ? Quels sont les traits que l’on devrait, ou que l’on prête à un écrivain ? L’oreille est elle plus primordiale que la plume ?
E.F : C'est une réflexion du personnage Aguila Mendès, mais je ne pense pas, personnellement, qu'il y ait des traits précis que l'on devrait prêter à un écrivain. La réalité montre qu'ils sont très différents, non?


Je reviens à Nagasaki.... Si vous aviez été Shimura, qui découvre que son appartement est squatté par quelqu’un d’autre, quelle aurait été votre réaction. Si la vraie vie était un roman, aurait il été concevable que le squatteur et le squatté finissent par cohabiter ensemble en toute intelligence... l’un fournissant un toit à l’autre et l’autre offrant un peu de présence dans une vie bien solitaire au premier ?
E.F : Peu importe ma réaction, non? Qui suis-je sinon celui qui tient les fils des marionnettes-personnages? On ne demande pas tant que ça à un marionnettiste quelles sont ses opinions sur la vie, sur la cohabitation avec une clandestine...
 


E.F : Quel lecteur êtes vous ? Quels sont vos 3 derniers coups de cœur littéraires ?
E.F : Je suis plutôt un grand lecteur, avide de découvertes. Je ne me lasse pas souvent de lire, même quand je suis en période d'écriture. C'est une respiration essentielle à ma vie. Je lis essentiellement de la fiction, mais parfois j'aime prendre des chemins de traverse, découvrir un livre d'histoire ou un essai, ou une biographie. Coups de coeur?
J'ai bien aimé, récemment, le recueil de nouvelles "La mauvaise habitude d'être soi", de Martin Page, ou encore, de Hélène Lenoir, le roman "Pièce rapportée". Et, plus classique, "Le marin rejeté par la mer", de Mishima... Sans oublier "Le Traducteur amoureux", de Jacques Gélat.

 

 

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