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Publié le 19 Avril 2017

BD - Editions Futuropolis - 120 pages - 19 €

 

Parution en mai 2014

 

Le sujet : Suite à de nombreuses rencontre avec Abdesslem, les deux auteurs dressent le portrait de l'ancien tirailleur Marocain âgé maintenant de 80 ans. C'est donc l'histoire de son enrôlement quasiment de force dans l'armée française en 1939 à l'âge de 17 ans, les deux guerres qu'il a fait pour la France (39-45 et l'Indochine), son retour au pays, puis sa retraite forcée en France pour pouvoir percevoir sa retraite militaire.

 

Tentation : Le pitch et les dessins

Fournisseur : La bib'

 

 

 

Mon humble avis : Encore une BD magnifique et tellement utile, voire nécessaire. Nécessaire pour que ne tombent pas dans l'oubli ces hommes marocains, algériens, tunisiens, sénégalais... Ces hommes des anciennes colonies françaises qui ont été enrôlés plus ou moins de force dans l'armée Française à l'occasion de la guerre 39-45. Et qui se sont battus pour libérer la France, tout en étant traités comme des moins que rien, puis oubliés ou presque. Remis à jour parfois par un discours politique lors d'une commémoration et que l'on appelle : les Harkis

Cette BD alterne souvenirs racontés par Abdesslem lui-même, et des passages narrés par les auteurs. Il y a la jeunesse d'Abdesslem dans les montagnes marocaines, où il était berger auprès de sa famille. Lors d'un de ses passages en villes, alors qu'il accompagne un ami qui veut entrer dans l'armée Française, celle-ci le met de force, sans explication aucune, dans un camion... Quelques mois plus tard, le voilà sur le front en France. Lors de la débâcle, ces soldats maghrébins sont abandonnés par leurs officiers qui leur conseillent de rejoindre Marseille à pied, en marchant toujours vers le sud. Puis il y a l'arrestation par les Allemands et l'enfermement dans un Frontstalag, un camp réservé aux prisonniers de couleur sur le sol français, pour éviter que ces derniers n'altèrent la race aryenne d'une façon ou d'une autre. Ensuite, c'est le front italien, où ces tirailleurs sont chargés d'ouvrir une voie qu'aucune autre armée ne pourrait ouvrir. Je vous laisse imaginer les conditions de combat, accompagnées de malnutrition etc... Et quelques années plus tard, la guerre d'Indochine...

En tout pour Abdesslem, 13 années au service de l'armée Française, la promesse d'une pension de guerre jamais tenue et un droit à une petite retraite. Mais pour la percevoir, Abdesslem est obligé de vivre neuf mois par an en France. Il vieillit donc seul 9 mois par an, loin des siens, à Dreux, dans un foyer social que l'on appelait avant les foyers "Sonacotra". Sept mètres carrés et des années d'ennuis, alors qu'Abdelssem ne rêvent que de ses montagnes marocaines. Mais sa petite retraite est nécessaire pour faire vivre sa famille. Bref, on ne peut être que révolté par une telle aberration de système, une fois de plus.

Bref, Le tirailleur est un superbe album qui sonne tellement juste. Il prend aux tripes, est instructif à souhait, remet les choses souvent ignorées à leur place et l'Histoire en mémoire.

Par dessus-tout, il est illustré de splendides planches de dessins, sans doute réalisés aux crayons de couleurs et au pastel gras. Même si beaucoup de dessins sont sombres pour bien représenter l'enfer du combat, ils sont très réussis et très parlants. Dessins et textes sont vraiment respectueux de l'homme et de son histoire.

A la fin de l'album, l'un des auteurs part au Maroc passer quelques jours chez Abdesslem, puisque celui-ci a finalement renoncé à sa retraite pour rejoindre les siens. C'est donc une nouvelle rencontre, d'autres témoignages aussi et l'occasion d'un reportage photos sur l'environnement du Tirailleur.

Superbe, essentiel, très fort, puissant, incontournable album !

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 7 Avril 2017

BD - Editions Dargaud - 64 pages /tome - 11.99 €/tome

 

Parution du 1er tome en 2014

 

L'histoire : Pierrot, Mimile et Antoine, trois septuagénaires, amis d'enfance, ont bien compris que vieillir est le seul moyen connu de ne pas mourir. Quitte à traîner encore un peu ici-bas, ils sont bien déterminés à le faire avec style : un oeil tourné vers un passé qui fout le camp, l'autre qui scrute un avenir de plus en plus incertain, un pied dans la tombe et la main sur le coeur. Une comédie sociale aux parfums de lutte des classes et de choc des générations, qui commence sur les chapeaux de roues par un road-movie vers la Toscane, au cours duquel Antoine va tenter de montrer qu'il n'y a pas d'âge pour commettre un crime passionnel.

 

Tentation : La blogo

Fournisseur : La bib'

 

 

 

Mon humble avis : C'est à "l'occasion" de l'enterrement de Lucette, l'épouse d'Antoine, que celui-ci retrouve ses vieux (dans tous les sens du terme) amis : Pierrot et Mimile. Ils sont tous septuagénaires

Antoine, c'est l'ancien syndicaliste. Pierrot, ancien syndicaliste aussi, nouvellement anarchiste, s'amuse à perpétrer des "attentats gériatriques" avec son collectif "ni yeux ni maître". Mimile, c'est l'ancien baroudeur du pacifique. Tous 3 sont tour à tour irrévérencieux, révoltés, fatigués, égoïstes mais finalement, toujours la main sur le coeur et prêts à traverser la France par amitié !

Et puis il y a Sophie la marionnettiste, la petite-- fille d'Antoine et bientôt Juliette, l'arrière- petite- fille d'Antoine. Et autour de ce petit monde, une multitude de personnage secondaire tous plus hilarants les uns que les autres.

Nous suivons ce quatuor insolite sur trois tomes plein de rebondissements, de révélation, d'action pour "la cause", de secrets, de coups de main, de coups de gueule et de coups de coeur. Mais le fil rouge des 3 tomes restent toujours l'amitié !

Ce triptyque est pour moi un énorme coup de coeur. J'ai rarement lu de BD aussi bien construite, avec des personnages aussi bien croqués et approfondis (bien entendu, en 3 tomes, c'est un peu plus facile qu'en un seul tome), mais tout de même ! Chapeau.

Le lecteur oscille entre rires et émotions. C'est qu'il y a un sacré humour dans cette histoire, tant dans les dessins (avec des détails truculents si l'on prend le temps de bien regarder), que dans les textes ou encore, dans les péripéties de nos trois papis ! Et puis l'émotion oui, devant les épreuves de la vie, où lors des souvenirs de celle-ci.

Ce qui est génial aussi dans "Les vieux fourneaux", c'est le nombre de sujets exploités et ce, toujours à bon escient. Allez, en vrac, quelques-uns d'entre eux : le deuil, la vieillesse, la monoparentalité, le syndicalisme, l'anarchie, la société de consommation, le détournement d'argent, le désoeuvrement des jeunes sitôt qu'ils ne sont plus connectés, les jeunes qui confondent jeux vidéo et réalité, l'amour, l'adultère; la délocalisation des emplois, les jeunes vus par les vieux, les vieux vus par les jeunes, les amours ratés de la jeunesse, et même les conséquences de la "collaboration" lors de la guerre 39-45. Enfin mais surtout : la diversité des baguettes chez le boulanger ! Ah, qu'est-ce que j'ai ri à de multiples occasions... le tout, dans une ambiance bon enfant !

Tous ces sujets mettent les personnages devant leurs ambiguïtés, leurs forces et leurs faiblesses, leur fierté et leur honte cachée, leur avenir et leur passé, le tout, les deux pieds bien plantés dans le présent.

Les auteurs Lupano et Cauuet ont vraiment eu une chouette et audacieuse idée de faire de ces 3 septuagénaires des héros de bande-dessinée. Au fil de situations très cocasses, c'est un portrait satyrique, sans complaisance et très drôle de notre société actuelle ! INCONTOURNABLE !

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 30 Mars 2017

BD - Editions Futuropolis - 142 pages - 22 €

 

Parution en 2013

 

L'histoire : Alain, contrôleur à la SNCF, rencontre Kamel, arrivé clandestinement en France, alors qu’il réussit à échapper à un contrôle de police en gare de Marseille. Scandalisé par le traitement brutal des policiers, et confiant en l’homme qu’il voit pour la première fois, il accepte de le cacher chez lui, le faisant passer, après de ses proches, pour un collègue en convalescence. Mais rapidement, le doute s’installe : la télévision annonce que trois des dix clandestins arrêtés à Marseille seraient liés à un groupe terroriste…

 

Tentation : Le pitch

Fournisseur : La bib'

 

 

Mon humble avis : Frères d'ombre est une BD aussi touchante qu'intéressante par ses multiples sujets traités...

Déjà, l'on constate l'énorme difficulté des algériens pour obtenir un visa pour la France, visa qui leur est refusé sans raison, ou accepté au petit bonheur la chance. C'est ce qui pousse Kamel, le héros de ce récit, à entrer clandestinement en France, d'autant plus qu'il déserte aussi son service militaire. Ceci car l'Etat Algérien n'a rien fait pour retrouver le coupable du meurtre de son père. Son père, imam très modéré, fut en effet assassiné par les extrémistes.

Ensuite, vient la difficulté justement d'entrer en France illégalement avec tous les pièges et autre que cela comporte. Kamel a de la chance de tomber sur Alain, qui va l'aider en l'hébergeant. Une belle amitié va naître en ces deux hommes, et les deux auteurs font tomber plus d'un poncif. Kamel se révèle extrêmement cultivé et ouvert d'esprit. Ces qualités, pour le lecteur, vont aboutir à d'intéressantes conversations sur la guerre d'Algérie. Conversations où s'opposent les deux camps : l'algérien, et l'ancien soldat en Algérie qu'est le frère d'Alain.

Puis vient les soupçons de terrorisme. Kamel se retrouve placardé dans tous les médias. Alain doute, puis décide d'accorder définitivement sa foi en son nouvel ami. Le récit prend alors un autre rythme... Tout s'accélère ! Mais pas non plus au point d'en faire un thriller haletant comme le dit la 4ème de couv.

Le personnage d'Alain est particulièrement bien croqué, fourni et attachant. Alors qu'il mène une petite vie plutôt planquée et résignée, l'accueil puis la protection de Kamel va devenir son challenge, son oeuvre, sa grandeur, bref, sa réalisation. De fait, il ne sera plus jamais comme avant et pourra redresser les épaules aussi bien devant ses collègues que devant son entourage. Cette transformation d'Alain, que l'on ne voit qu'en filagrame, m'a vraiment plu.

Mes seuls petits bémols sur Frère D'ombre se portent sur les 4 ou 5 premières pages où il est malaisé de se situer. Puis sur la position des bulles, puisque par moment, je me suis rendue compte que je ne les lisais pas dans le bon ordre.

Bref, une bien chouette BD aux sujets très actuels, qui appelle à l'humanisme.

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 17 Février 2017

Résultat de recherche d'images pour "mon dernier jour au vietnam"BD - Editions Delcourt - 75 pages

 

Parution en 2004

Le sujet : Will Eisner raconte la guerre. Mais pas celle des héros médaillés ou des faits d'armes étincelants. Eisner s'intéresse plutôt à l'envers du décor. En six récits, comme autant de petites nouvelles, il s'attache à suivre des individus perdus dans la bourrasque du Vietnam ou de la Corée. La peur, la tendresse, les coups de folie ou de déprime, l'égoïsme… Les guerres sont le théâtre tragique et parfois dérisoire des sentiments et des passions, racontés ici avec pudeur et sensibilité par l'un des derniers géants de la BD

 

 

 

Tentation : Le pitch

Fournisseur : La bib'

 

 

Mon humble avis : Je découvre avec cette BD un très grand nom mondial de la BD, si j'en crois les quelques articles que j'ai pu lire au sujet de Will Eisner.

Ici, il raconte ses souvenirs de la guerre de Corée et du Vietnam. Souvenirs vécus ou rapportés puisqu'en résumé, durant la 2ème Guerre Mondiale, puis celles citées ci-dessus, Will Eisner était dessinateur pour l'armée US... Toujours en résumé, il dessinait en bandes dessinées l'entretien préventif du matériel de guerre. Le support BD permettant ainsi d'être compris par tous... Etrangers ou analphabètes.

Ici, nous avons donc 6 nouvelles, 6 récits en format BD. Je pense que c'est justement l'aspect "nouvelles" qui m'a déstabilisée et laissée un peu sur ma faim. Le format "nouvelle" se révèle souvent trop court en littérature, donc en BD, c'est encore plus évident ! Disons que je m'attendais à plus de profondeur.

Il n'empêche, l'émotion tombe souvent comme un couperet dans la chute de ces nouvelles... Exemple, le journaliste qui couvre la guerre du Vietnam "un peu comme un touriste"... Puis, il découvre le corps déchiqueté de son fils. La guerre de vient alors SA guerre.

Le gros GI américain plein de muscles et qui semble n'avoir qu'un pois chiche dans le cerveau, qui clame adorer et avoir besoin de tuer et qui finalement, aime passer son temps dans un orphelinat de métisses viet/américains, dont personne ne veut, évidemment...

Ces 6 nouvelles sont d'intérêt variable, mais à voir avec le temps, peut-être qu'elles sont toutes marquantes.

L'introduction est vraiment intéressante, qui présente l'auteur, le contexte géopolitique de l'époque et permet ainsi une petite révision bien utile des cours d'Histoire !

 

Résultat de recherche d'images pour "mon dernier jour au vietnam"

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 7 Février 2017

Afficher l'image d'origineBD - Le Lombard Editions - 128 pages - 17.95 €

 

Parution en janvier 2015

Le sujet : Chili 1973. Carmen Castillo et son mari font partie du cercle des proches du Président Allende. Suite au coup d'état du Général Pinochet, ils décident d'entrer en résistance. Installée aujourd'hui en France, elle a fait le récit de son histoire à Maximilien Le Roy, une histoire de clandestinité, d'angoisse, de torture, de loyauté sans faille… Une histoire de vaincus. Un histoire de héros.

 

Tentation : Le pitch

Fournisseur : La bib'

 

 

 

Mon humble avis : Dans ma petite culture, au Chili, Allende, c'était le gentil, et Pinochet, le méchant putchtichste et dictateur, le tout, dans les années 70. C'était bien léger comme connaissances. Avec cet album Vaincus mais vivants, j'en sais maintenant beaucoup plus, ne reste qu'à le retenir ;)

Vaincus mais vivants est un très bel album, très intéressant et enrichissant culturellement, historiquement. Ce sont ces critères qui me bottent vraiment dans mes découvertes BD. Je pense que les textes courts et les images m'aident à imprimer plus facilement ce que j'apprends dans ma mémoire.

Un avant-propos décrit la genèse de cette BD : entre autre, la rencontre de Maxilien Le Roy avec la résistante révolutionnaire chilienne Carmen Castillo et l'écrivain français Régis Debray, qui participa aux événements d'alors. Une postface propose un entretien avec Carmen Castillo et donne des nouvelles des quelques protagonistes survivants.

Entre les deux, c'est l'Histoire qui se déroule sous les yeux du lecteur. L'histoire du Chili au coeur de celle de l'Amérique Latine et de Cuba, l'ombre du Che planant autour. Dans l'album, ça commence en 1962. Carmen Castillo, étudiante, rencontre Beatriz Allende, fille du futur président. La jeunesse militante veut  se débarrasser de la classe possédante et dans cet album, cela donne lieu à d'intéressantes réflexions sur les autres formes de luttes et les moyens de donner le pouvoir au peuple. En 1965, le MIR (Mouvement de la Gauche Révolutionnaire) est créé, il ne sera dissolu réellement qu'en 1989. 

En septembre 1970, le médecin Salvador Allende gagne le pouvoir par les urnes, le Chili devient une démocratie socialiste... Ce qui ne plait pas à tout le monde. Le 11 septembre 1973, Allende se suicide, juste après une dernière allocution radio, et juste avant que les putchistes de Pinochet n'envahissent La Moneda, le palais présidentiel.

Carmen, Andres Pascal, Miguel Enriquez (le plus célèbre résistant chilien) et les autres entrent en clandestinité... Beaucoup seront arrêtés, certains parleront sous la torture, d'autres non... Bref, c'est tout ce pan d'Histoire que Vaincus mais vivants expose, depuis la formation du MIR, jusqu'à l'exil et le retour au pays, des années plus tard. Forcément, on ressort de ces pages moins ignare.

Trois mini bémols : les allers et retours dans le temps et la difficulté que j'ai eue au début à reconnaître les personnages, ceux-ci n'étant pas réellement introduits. Et les ombres sur les visages, ombres qui m'ont parues un peu aléatoires...

 

Passionnant et glaçant, évidemment.

 

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Du même auteur sur ce blog : La nuit, la liberté nous écoute

 

 

En découdre avec l'amnésie s'avère une victoire, aussi modeste soit-elle : qui transmet, munit l'avenir - La mémoire n'est pas un devoir mais un levier

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 19 Janvier 2017

Sous titre : Nouvelles des Indiens Jivaros

Afficher l'image d'origineBD - Editions Steinkiss - 142 pages - 20 €

Parution en janvier 2016

 

Le sujet : Au coeur de la jungle amazonienne, les Jivaros Achuar conversent quotidiennement avec les plantes, les animaux et les esprits grâce aux anent, de petits poèmes fredonnés à voix basse ou récités mentalement.Du moins en était-il ainsi il y a quarante ans, lorsque l'anthropologue Philippe Descola partagea leur vie pendant trois années. Fasciné par son récit, Alessandro Pignocchi repart aujourd'hui sur ses traces...

 

Tentation  : Pitch et couv'

Fournisseur : La bib'

 

 

Mon humble avis : Comme j'apprécie de voyager à travers les livres et les bandes dessinées, surtout lorsque ceux-ci m'emmènent dans des contrées où je n'irai jamais... Tout simplement parce que je serais bien incapable de vivre plusieurs semaines dans une tribu au fin fond de l'Amazonie.

C'est en effet en Equateur, dans les tribus Achuar qui vivent en pleine forêt...

Déjà, l'album en lui-même est de toute beauté ! Les dessins sont en aquarelle... Tout d'abord en noir et blanc puis, au fur et à mesure des pages, Alessandro Pignocchi y intègre quelques couleurs. C'est magnifique, du grand art qui, qui plus est laisse place à l'imagination du lecteur. Les dessins éveillent tous les sens de celui-ci... Ils nous laissent sentir, entendre, toucher, voir, goûter...

Il y a quarante ans, l'anthropologue Philippe Descola (qui préface cette oeuvre), vécut, avec son épouse, 3 ans auprès des Achuar (Les gens du palmier d'eau). Philippe Descola témoigne de ces années dans un livre intitulé "Les lances du crépuscules". C'est en tombant sur cet ouvrage qu'Alessandro Pignocchi a eu comme une révélation : Il lui fallait retourner sur les traces de Descola, refaire le même voyage. Et ainsi, constater ou non la vivacité des traditions Achuar. 

Mais surtout, Alessandro partait en quête des Anent, ces chants magiques qui permettent la connivence des indiens Achuar avec leur environnement : plantes, animaux, esprits... une tradition orale qui semble bien disparaître.

C'est donc une plongée dans la culture achuar que nous propose ici Alessandro Pignocchi... Avec beaucoup d'humour et d'autodérision, des plages de silences qui disent beaucoup et des dialogues intimes mais qui vont à l'essentiel avec les Achuar, d'émotions.

A l'origine, Alessandro voulait tourner un film... mais il n'a pas trouvé de financement car les Achuar vivent désormais habillés ! Sans mythe du maudit sauvage, pas d'argent. Pfff. Bien sûr, les Achuar ont évolués en quarante ans, mais ils restent bien attachés à leur culture et leurs coutumes. Mais bien sûr, il faut penser à l'avenir... et à l'invasion de la modernité, pour le meilleur et pour le pire.

Un album ESSENTIEL ! A lire évidemment !

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 6 Janvier 2017

Afficher l'image d'origineBD - Editions Sarbacane - 124 pages - 22 €

 

Parution en février 2015

 

L'histoire : Magid a peur. Son visa de tourisme vient de s'achever : lui, l'ex-commercial respecté à Dakar, est devenu un sans-papiers. Il doit désormais baisser les yeux, rentrer les épaules, devenir un "invisible". De galères en petits boulots, de foyers en chambres de bonne, de combines en arnaques, Magid survit. Et rêve de retrouver sa dignité.

 

Tentation : Couv et 4ème de couv'

Fournisseur : Ma bib'

 

 

 

Mon humble avis : C'est un véritable coup de coeur que je ressens pour cet album. Car je pense que jamais une BD n'a fait naître en moi autant d'émotions, d'empathie pour le personnage et de révolte.

Pourtant, le graphisme ne m'a pas particulièrement séduite, mais l'histoire est si prenante que j'en ai oublié ce léger handicap. Alors même que reportages et émissions de télé se font souvent l'écho de d'étrangers en situations irrégulière comme Magid, avec cet ouvrage, qui se veut le témoignage d'un des auteurs, jamais je ne me suis sentie autant au coeur de la situation... Même si bien sûr, je ne l'ai jamais vécue et que ma position privilégiée de Française naît en France m'en protège.

Magid arrive en France depuis Dakar, en passant par la Gambie pour faire ses "adieux" à sa mère. A l'origine, il vient rendre visite à l'une de ses cousines et s'adonner à la découverte de Paris. Cette première partie est assez amusante. Car Magid nous raconte parfaitement ses étonnements d'étranger : le froid, la neige, la nourriture tellement fade, ses premiers pas sur un escalator etc... Au fil de celle-ci, il trouve tout merveilleux et à priori tellement facile, qu'il décide de rester en France et de chercher un travail. Et cette décision est le début de la fin, comme de la faim d'ailleurs. 

Pourtant, Magid ne ménage pas ses efforts, au contraire, sa persévérance et son courage force l'admiration. Mais il doit faire face aux difficultés d'être sans papier, à l'avidité et la malhonnêteté des uns, à l'escroquerie de la majorité des gens qu'il rencontre (même et surtout parmi "ses frères"). Evidemment, lorsque l'on vient de loin, d'un pays où un mot est une parole, lorsque l'on est en situation de faiblesse, l'on devient souvent très naïve. Et Magid est souvent d'une naïveté, parce que c'est un homme bon et juste, d'une naïveté qui fait mal au coeur du lecteur.

Tout cela sans compter sur les arcanes du travail au black, de l'impossibilité d'encaisser des salaires payés par chèques par incapacité d'ouvrir un compte en banque, l'inertie de l'administration française... Tout cela mènera notre cher Magid à des piaules d'hôtel pleines de cafard, à des squats, à la malnutrition et ses symptômes, au blues du pays, à la dépression et aux phobies.

Ce n'est pas spoiler que dire que l'histoire se termine bien, puisque la publication de cette BD en est déjà la preuve.

Mais l'on se retrouve soulagé pour ce personnage si attachant, si courageux ! On est heureux de son succès tant mérité et de l'accueillir parmi nous, de le compter comme concitoyen !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 17 Décembre 2016

Afficher l'image d'origineBD - Editions Les Enfants Rouges - 80 pages - 17 €

 

Parution en janvier 2016 

 

Présentation de l'éditeur : La vie, c'est des étapes... La plus douce, c'est l'amour. La plus dure, c'est la séparation. La plus pénible, c'est les adieux. La plus belle, c'est les retrouvailles.

 

Tentation : Ma bibliothécaire

Fournisseur : La bib'

 

 

 

 

 

Mon humble avis : La tristesse de l'éléphant est vraiment un très bel album, tant par les dessins que par l'histoire contée.

Louis est orphelin. Il vit donc à l'orphelinat. Mais Louis est plutôt gros et myope, il porte des lunettes qui ne l'avantage pas. De ce fait, Louis subit les moqueries incessantes de ses compagnons de chambrée. Un jour, il fait le mur de l'orphelinat pour se rendre au cirque Marcos qui est de passage dans sa ville. Il y rencontre Clara, la petite dresseuse d'éléphant. Louis retourne donc au cirque le lendemain et ainsi de suite... Une très belle relation se noue entre Louis et Clara, une relation qui survivra aux années et aux séparations.

L'on pourrait croire, au premier abord, qu'il s'agit d'un ouvrage destiné aux enfants. Mais non en fait, bien que cet album puisse être lu dès 10 ou 12 ans...il s'agit bien d'une BD adulte.

Les couleurs se limitent au noir, blanc, bleu et rouge. La luminosité de certaines scènes est magnifique.

Cet album nous parle des rencontres qui changent la vie, de l'amour qu'apporte l'être et non le paraître, de l'importance de la famille et de la solidarité, du bonheur de la vie simple, même si celle-ci n'épargne personne, du temps qui passe. Et des choix que chacun est libre de faire... par amour ou pour tout autre raison. Car notre petit Louis, qui grandit toujours sans famille officielle, même s'il a trouvé sa famille de coeur, va nous surprendre par un sacré choix !

C'est une histoire initiatique, qui voit se transformer un petit garçon mal dans sa peau en un homme heureux, parce qu'aimant et aimé.

Le ton est résolument nostalgique. En effet, les premières pages s'ouvrent sur Louis adulte, donc la presque fin de l'histoire. Et c'est Louis qui nous raconte son passé.

L'éléphant... Il y en a deux bien sûr dans cette histoire. Pégase, l'éléphant de Clara et Louis, méchamment surnommé "L'Eléphant par les autres orphelins, même quand ceux-ci sont devenus adultes.

J'ai regretté que Pégase soit aussi absent de ces pages et de la vie de Louis et Clara pendant de longues années.

Mais quoiqu'il en soit, La tristesse de l'éléphant est un magnifique album, très touchant, émouvant, frais et qui sonne parfaitement juste. Un conseil bien avisé de ma bibliothécaire !

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 4 Novembre 2016

Afficher l'image d'origineBD - Allary Editions - 160 pages - 20 €

Parution en juin 2015

 

L'histoire : Né d'un père syrien et d'une mère bretonne, Riad Sattouf raconte dans L'Arabe du futur sa jeunesse au Moyen-Orient. Dans ce second tome, qui couvre la première année d'école en Syrie (1984-1985), il apprend à lire et écrire l'arabe, découvre la famille de son père et, malgré ses cheveux blonds et deux semaines de vacances en France avec sa mère, fait tout pour devenir un vrai petit syrien et plaire à son père. 

 

Tentation : Le tome 1, donc la blogo

Fournisseur : La bib'

 

 

Mon humble avis : En début d'année, j'avais chroniqué L'arabe du futur tome 1 ICI

Mon coup de coeur avait été immédiat pour cet album. 

Mais il n'est point pour ce deuxième tome, sans doute parce que la découverte, la nouveauté n'y sont plus. Même si le plaisir de lecture est encore bien là, évidemment, tout comme mes yeux ahuris devant certaines situations décrites et dessinées. Comme dans le premier tome, on passe facilement du sourire, au rire, à l'effroi, lorsqu'on constate l'impunité du crime d'honneur (familial), et même le respect social que l'on gagne lorsque l'on est coupable d'un crime d'honneur.

Il faut dire que l'écart culturel entre mon enfance et celle de Riad Sattouf en Syrie est digne d'un grand écart du meilleur des contorsionnistes. 

Dans ce 2ème tome, qui couvre la période 1984-1985, la famille Sattouf est plus statique, puisque déjà installée en Syrie, il n'est plus question du passage en Libye. Certes, il reste les vacances en Bretagnes, sujettes à bien des quiproquos et d'incongruités de part et d'autres. Mais disons que certaines séquences, notamment les séquences scolaires, m'ont parfois parues répétitives.

Néanmoins, ce tome 2 est tout de même franchement intéressant. Le système éducatif syrien est terrifiant : humiliation des enfants, maltraitance, coups de bâton sur les mains... Mais surtout, c'est l'obsession nationaliste qui choque. Dès la rentrée, les élèves sont forcés d'apprendre l'hymne national et de crier haut et fort oh combien la nation syrienne est la plus forte. Puis on passe directement à la religion et au Coran. Les élèves apprennent la fascination pour l'URSS (sans rien en connaître). Et dans la cours de récréation, l'occupation des enfants et monomaniaque : "tuer des juifs". Bref, de mon canapé, il me semble que les enfants subissent un lavage de cerveau dès leur plus jeune âge.

Dans ce tome, le comportement du père de Riad attire beaucoup l'attention, faute d'attirer la sympathie à mes yeux d'occidentale. Le père semble obsédé par l'argent, la réussite et ses signes, les apparences. Il fait lui aussi le grand écart entre les traditions familiales, musulmanes et locales et la culture européenne qu'il a acquise et qui est celle de sa femme qui, pour moi, a bien du mérite ! Mais il ne faut pas oublier que le père veut sa revanche sur la misère dans laquelle il a grandi...

Bref, même s'il n'y a plus l'effet de surprise du premier tome, celui-ci vaut bien évidemment la peine d'être lu. C'est en effet d'autres regards sur le monde... Celui d'un enfant, le nôtre à travers celui de l'enfant devenu adulte et auteur. C'est vivre l'orient de l'intérieur, "en famille" et non à travers ce que les médias nous proposent : "le poids des mots et le choc des photos."

A savoir, le tome 3 vient de paraître !

 

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Rédigé par Géraldine

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Publié le 27 Septembre 2016

Afficher l'image d'origineBD - Editions Vraoum - 149 pages - 20 €

 

Parution en novembre 2015

 

Le pitch : 2014, Lénaïc et sa compagne partent en voyage dans un pays qui vient juste d’ouvrir ses portes au tourisme : l’Iran. De Téhéran à Chiraz en passant par Ispahan, Lénaïc nous emporte dans un récit plein d’humour et de rencontres, en tordant le cou à de nombreux clichés. On découvre la civilisation perse, ses ruines et son passé, mais aussi la culture contemporaine d’une population partagée entre conservatisme et ouverture. Et on rit beaucoup.

 

Tentation : le pitch

Fournisseur : La bib'

 

 

 

Mon humble avis : Voici l'Iran comme vous pourriez sans doute la voir et la percevoir si vous décidiez d'y partir en voyage touristique.

Bien évidemment, Bons baisers d'Iran n'est pas sans rappeler les génialissimes albums de Guy Delisle. A la différence près que Delisle passait plus d'un an à vivre comme expat' dans les pays qu'ils croquaient, à rencontrer la population et à s'y intégrer autant que possible. Cela amenait des BD plus aboutis dans l'analyse des situations et une oeuvre moins anecdotique.

Mais ne boudons pas notre plaisir avec ces Bons Baisers d'Iran. Les dessins sont simples, en noir et blanc, et très parlants. C'est donc tout à fait efficace pour décrire les incongruités d'un pays qui cherche son évolution tant intérieure qu'au niveau international. D'ailleurs, il me semble que depuis que cette BD est sortie, la situation de l'Iran dans le monde a encore changé.

On apprend beaucoup de chose avec cette BD. Notamment que Téhéran est une des villes les plus laides et polluées du monde. Twitter et Facebook sont interdits alors que les dirigeants du pays communiquent via ces réseaux sociaux. Bien entendu, nombre d'iranien ont trouvé un moyen de contourner cette interdiction. Sont abordés bien sûr les thèmes de la politique, de la religion et de la propagande systématique que l'entoure (souvent décriée par les personnes rencontrées), l'économie, les droits de l'Homme, le mode de vie des iraniens et surtout, le mode d'emploi du voile pour qu'il ne s'envole pas. 

Tout ceci est traité avec un bel humour, donc on rit et sourit souvent en cours de lecture.

Après, bien sûr, 3 semaines de voyages, c'est un peu court pour aller en profondeur et se défaire de ses préjugés occidentaux. Avec Guy Delisle, c'est par exmple, la Corée du Nord comme jamais vous ne pourrez la vivre, avec Lenaïc Vilain, c'est l'Iran comme vous pourriez la percevoir. A savoir que l'Iran est un pays magnifique, culturellement passionnant et qu'il se rouvre enfin au tourisme !

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Rédigé par Géraldine

Publié dans #BD...

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