PÔLES MAGNETIQUES, d'Anne REVAH

Publié le 17 Avril 2012

Roman - Editions Arléa - 189 pages - 18 €

 

 

Parution le 5 avril 2012 - Nouveauté.

 

 

 

L'histoire : Clarisse se retrouve dans un avion, direction Houston puis Tucson en Arizona. C'est la première fois qu'elle s'éloigne de son mari et de son fils pour des raisons autres que professionnelles. Elle doit régler, pour son père, une histoire d'héritage d'un membre lointain de la famille. Pour tromper sa peur et son ennui, Clarisse parle de tout, de rien, à son voisin : Léonard. A l'arrivée à Tucson, il fait si chaud, tout lui est inconnu, il fait si chaud, et tout autour, ce désert....Ailleurs, on est autre. Va-t-elle rester debout et solide ou fondre et devenir poussière.

 

 

 

Tentatrice : L'auteure (Auteure également de Manhattan)

Fournisseur : L'auteure et les éditions Arléa, merci pour l'envoi

 

 

 

 

 

étoile3etdemi

 

Mon humble avis :Cette fois ci, Anne Révah raconte une histoire à la 3ème personne du singulier. Elle n'est plus la narratrice qui ressent, mais l'oeil extérieur qui observe, déduit, décrit. De ce fait, ce roman est moins intimiste que son précédent (Manhattan).  D'ailleurs, je dirais que l'histoire en elle même est relativement secondaire et assez fréquente dans le fond. Elle est en fait prétexte à étudier minutieusement l'intime, donc l'unique, de personnages ordinaires. Et comme dans Manhattan, Anne Révah s'intéresse à la fragilité derrière la force apparente. Est-ce son sujet de prédilection ??? Nous verrons, deux romans, c'est trop peu pour encore pour qualifier et "classifier" oeuvre et sujets chez un auteur.

Clarisse est dans l'avion lorsqu'elle réalise qu'elle a perdu (comme à son habitude) son téléphone portable, son cordon ombilical avec son fils et son mari. Son mari qui est son tout, son repère, son assurance, son miroir, son rocher... Alors pour combler ce vide soudain et ce vide aérien de 10 km sous ses pieds et qui l'angoisse, Clarisse fait tout pour entrer en contact avec son voisin de siège, Léonard. Comme moi, sauf que quand je prends l'avion, c'est par curiosité, pour savoir qui j'ai à côté de moi et quel enrichissement je peux en espérer. Et j'avoue que dans les premiers temps, Clarisse m'a plutôt exaspérée à toujours se plaindre d'être loin des siens, de la chaleur, de ne pas pardonner à son mari de ne pas être frais comme un gardon quand elle l'appelle à 1h du matin heure de Paris. Je l'ai trouvé plutôt capricieuse. Et puis.... Et puis il y a l'Arizona, le bout du monde, la chaleur, le décalage horaire, l'ailleurs, le bouleversement climatique qui vous change autant un homme qu'une femme....

Anne Révah développe alors tous ses talents et force est de constatée que son héroïne me ressemble de plus en plus dans ses angoisses, ses interrogations, ses craintes, ses réflexions. En fait, on a l'impression que Anne Révah s'est saisi d'une loupe et étudie un grain de sable du désert, deux ou trois même. Elle décrit admirablement l'infiniment petit, le minuscule, l'invisible mais qui pourtant est, qui pourtant nait. L'attraction entre deux êtres qui n'en sont pas conscients. La genèse, le primitif d'une évidence. Et pour qu'il y ait naissance et épanouissement d'une évidence, et bien ici, c'est au détriment d'une autre certitude, abîmée par la distance, par un autre regard... Clarisse en veut à son mari... C'est ainsi que l'auteur commence son analyse de la fin d'un tout, de l'immense : L'amour. Anne Révah relève les premières fissures de la forteresse qui vont peu à peu mener à l'écroulement de l'édifice. Et pour cet aspect là du livre, Anne Révah utilise de nouveau l'écrit... Pas le livre ! Mais l'écrit que Léornard, écrivain à ses heures libres, a tendu à Clarisse en quittant l'avion. Presqu'une lettre en fait (point commun avec Mahattan)Dans ce texte, Léonard y écrit une histoire d'amour ou plutôt le détricotage d'un amour, dès son premier indice.

Ce n'est pas tant l'histoire qui m'a touchée dans ce roman, mais  l'exploration de l'infiniment petit en amour comme en désamour et finalement, le personnage de Clarisse qui s'était attaché à son mari comme à un rocher, pour ne pas dériver. L'écriture est sublime et soignée, pas si éloignée m'a-t-il semblé de celle de Régine Détambel ou Carole Martinez. On y sent en tout cas la même qualité de travail, le même soin, la même obsession de ce mot et pas un autre malgré moult essais. La justesse des émotions et les détails dans leurs descritptions sont admirables. Je suis très peu douée pour décrire et détailler le ressenti d'un personnage et ses interprétations, aussi, j'aime ce don trouvé chez les auteurs que je lis.

Pour le reste, je ne vous en dit pas plus, sinon, je raconterai le livre. Par contre, je peux dire la fin, puisqu'elle vous appartient. Oui, Anne Révah tend la plume au lecteur qui choisira la direction !

En tout cas, si Anne Révah garde le même cap et la même qualité d'écriture, nul doute que son nom se faufilera de plus en plus dans vos lectures (livres, magazines, articles). Je pense qu'Anne Revah est un pôle magnétique pour celles et ceux qui aiment la belle littérature.

 

 

"Gabriel devait tout entendre. S'il lui prenait de faire remarquer à Clarisse, même affectueusement, qu'elle était en train de se plaindre, elle ne comprenait pas ce qu'il voulait dire, ce n'étaient pas des plaintes. C'était son état, la vie en elle, ses détours, et toutes ses sensations dont elle ne savait que faire..."

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Alex-Mot-à-Mots 23/04/2012 20:43


Je viens de le terminer, et, dans l'ensemble, je l'ai bien aimé. Sauf les pages de Léonard, je n'ai pas accroché.

Géraldine 25/04/2012 18:03



@ Alex : De mon côté, j'ai adoré les pages de léonard. Comme quoi !



Stephie 23/04/2012 13:51


Il faut vraiment que je découvre cette auteur et cette maison d'écrivains

Géraldine 25/04/2012 18:02



@ Stéphie : Oui, effectivement, il est temps !



A_girl_from_earth 18/04/2012 21:50


Ça semble valoir le détour... mais là je reviens encore de la bib' avec des imprévus! Ooops! Ça commence à craindre, je ne sais plus ce que j'ai emprunté, ni où...

Géraldine 22/04/2012 13:12



@ AGFE : Pareil. Je deviens addict à la bib, magnétisée pour y passéer régulièrement. En suis revenue avec 2 romans et2 BD !



sylire 17/04/2012 22:30


Mon ressenti est plus proche de celui d'Antigone que du tien. Mon billet jeudi.

Géraldine 18/04/2012 16:58



@ Sylire : je viendrais voir ça.



Cynthia 17/04/2012 21:39


Un très joli billet pour un roman qui me tente beaucoup, après avoir aimé "Manhattan" !

Géraldine 18/04/2012 16:59



@ Cynthia : Allez, entre deux pots de peinture ! Par contre, fait gaffe à pas salir, le livre est tout blanc  !



antigone 17/04/2012 14:22


J'aime beaucoup l'écriture d'Anne Révah mais j'ai trouvé quelques défauts à ce livre, ce qui a beaucoup mitigé ma lecture !!

Géraldine 18/04/2012 17:00



@ Antigone : Oui, j'ai lu ton billet. Je n'ai pas ressenti ces défauts, par exemple, j'ai bcp aimé l'écrit de Léonard par exemple.



Mary 17/04/2012 12:52


Ton billet me donne envie de découvrir son auteure, un beau style, une histoire où l'amour est  finement décrypté  Oui je suis partante !


 

Géraldine 18/04/2012 17:01



@ Mary : Allez go, direction librairie ou bib !



Lystig 17/04/2012 12:08


Manhattan m'avait laissée un souvenir mitigé...

Géraldine 18/04/2012 17:01



@ Lystig : et bien dans ces cas à, un 2ème livre de l'auteur ne nuit jamais pour ce faire une idée précise sur celui ci !



Anne Sophie 17/04/2012 11:20


un joli billet, mais je ne sais pas i j'irai jusqu'à me laisser tenter

Géraldine 18/04/2012 17:02



@ Anne Sophie : Et pourtant, tu risques de passer à côté d'une très belle plume...



Anne 17/04/2012 10:13


Repéré chez Antigone, ce livre me fait envie et ton avis m'y encourage :)

Géraldine 18/04/2012 17:02



@ Anne :Chouette ! Et bien d'avance, je te souhaite une bonne lecture !



clara 17/04/2012 09:35


Antigon est un peu moins enthousaiste que toi... mais j'ai quand mêem envie de le lire car j'avais aimé Manhattan!

Géraldine 18/04/2012 17:03



@ Clara : Un livre qui a beaucoup d'argument pour te plaire et qui, je n'en doute pas, arrivera bientôt chez toi d'une façon ou d'une autre...



keisha 17/04/2012 08:06


Mais oui, j'en avais lu un, de ses romans! belle écriture, en effet.

Géraldine 18/04/2012 17:04



@ Keisha : Un de ses romans... Euh, son premier roman  Puisque celui ci est le 2ème