LES HEURES SOUTERRAINES, de Delphine de VIGAN

Publié le 7 Novembre 2009

Roman - JC Lattes éditions - 300 pages - 17 €

Rentrée littéraire 2009

Résumé : Il est des personnages de roman qui nous marquent, que l'on ne peut pas oublier. Mathilde est l'un d'eux. On suit avec effroi sa descente aux enfers. Harcelée moralement par son supérieur hierarchique sous couvert de l'indifférence, elle est peu à peu exclue de son équipe, de son poste, du système, jusqu'à être reléguée dans une sorte de bureau cagibi. Mathilde résiste mais jusqu'à quand ? Mathilde n'en peut plus. Thibault, médecin des Urgences Parisiennes, est tout aussi usé qu'elle. Séparé de son indolente compagne, il est seul et soigne tant bien que mal la solitude de ses patients.
Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Autour d'eux, la ville se presse, se tend, jamais ne s'arrête. Autour d'eux s'agite un monde privé de douceur.
Au coeur d'une ville sans cesse en mouvement, multipliée, où l'on risque de se perdre sans aucun bruit.




                               




Mon humble avis :
On lit ce roman la gorge nouée, les points serrés et la rage au ventre. Et l'on en sort ébranlé. L'une atmosphère dure, très triste et maussade est rendue par une écriture directe, implacable, des phrases courtes qui ont la force d'un coup de poing pour dénoncer le monde impitoyable du travail, de la rentabilité à tout prix... Aucune concession, pas de romanesque feint pour plaire au lecteur. Du réalisme à l'état brut.
Delphine de Vigan nous renvoie en plein visage les travers de notre société égocentrique que nous feignons d'ignorer, ou devant lesquels nous baissons les yeux pour ne pas les affronter : l'enfer du quotidien répétitif, la machine à compression qu'est le monde du travail, et surtout "l'ultra moderne solitude" (cf Alain Souchon) dans ces villes où l'on croise sans rencontrer, où l'on vit seul parmi des millions de gens. Avec un talent admirable et discret à la fois, Delphine de Vigan ose nous parler, avec "Les heures souterraines", d'une violence qui nous touche tous plus ou moins, une violence silencieuse mais ô combien dévastatrice : l'indifférence, le silence lui même et l'ignorance.
Avec Mathilde, on voudrait crier à l'aide, à l'injustice. Et pourtant, Mathilde ne crie pas, elle ne peut plus crier, le mal la ronge de l'intérieur depuis trop longtemps. On la regarde s'effondrer, comme engloutie dans du sable mouvant. Chaque mouvement qu'elle fait l'enfonce un peu plus. Elle diminue aux yeux des autres jusqu'à devenir invisible. On reste là, paralysé, pétrifié d'effroi, et ne savoir quoi lui conseiller, comment la réconforter. Elle est prise dans une spirale infernale. Son histoire nous glace le sang, car il pourrait s'agir de nous. D'ailleurs, il s'est agit de moi à une époque (toutes proportions gardées). Quant à Thibaut, il se sent broyé et englouti par la ville, par l'inhumain de l'humanité, par la solitude. Et en Thibaut aussi l' on peut se reconnaître. Qui ne s'est jamais senti usé, fatigué et isolé devant le ryhtme incessant d'une grande ville. Les heures souterraines nous conduisent à une grande empathie envers ces personnages. D'ailleurs, à travers eux, Delphine de Vigan nous amène à nous poser certaines questions : Est on maître de notre destin ? Il semble que non, il semble que oui. Saisissons nous toutes les mains tendues, reconnaissons nous l'autre, celui qui nous ressemble ? Saurions nous prêt à tendre la main en pareil cas et à se mettre du mauvais camp ? Ne passons nous pas à côté de notre vie par peur de quoi... du ridicule ? Par peur d'être rejeté ? Par peur de perdre ce que l'on a, ce que l'on est et qu'on a eu tant de mal à devenir ?

Toutes des questions, Delphine de Vigan y apporte quelques éléments de réponse dans ce roman si fort, si juste, si touchant et subtile. Si actuel aussi. Les reportages et les informations ne nous informent ils pas des conséquences malheureuses et de plus en récurrentes du mal être au travail ? Je l'avoue, j'ai souvent trouvé dans le ressenti des Mathilde et de Thibaut l'écho de mes souffrances dues à la maladie et ma solitude involontaire. Merci, merci et bravo à Delphine de Vigan d'avoir su mettre des mots si appropriés et délicats sur les maux du siècles, sur ce qui ronge nombre d'entre nous de l'intérieur.


"Peut on à ce point être aveugle au désespoir de l'autre ?"

"Sa vie est au coeur de la ville. Et la ville, de son fracas, couvre les plaintes et les murmures, dissimule son indigence, exhibe ses poubelles et ses opulences, sans cesse augmente sa vitesse".

" Il regarde la ville, cette superposition de mouvements. Ce territoire infini d'intersections ou l'on ne se rencontre pas"

" Dans la vraie vie, les gens désespérés se croisent, s'effleurent, se percutent. Et souvent, ils se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants."

"Mais il arrive un moment où le prix est devenu trop élevé. Dépasse les ressources. Où il faut accepter de sortir du jeu, accepter d'avoir perdu. Il arrive un moment où l'on ne peut pas se baisser plus bas."

" Je crois que c'est votre capacité à résister qui vous désigne comme cible."


Du même auteur sur ce blog : No et moi


Les avis de Celsmoon; Edelwe



Je remercie alapage.com et Sabrina pour cette lecture !

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

Repost 0
Commenter cet article

Héléna 05/11/2010 10:40



Je viens de le terminer, je l'ai lu très rapidement, je le trouvais très intéressant, par contre, sur l'approche de la fin je l'ai trouvé moins intéressant, pas beaucoup d'évolution pour
Thibault, et la fin m'a laissé sur ma faim ! Je m'attendais à autre chose pour ces personnages.



Géraldine 07/11/2010 13:08



@ Héléna : ben, justement, je trouve qu'une autre fin aurait été comme on dit "cousue de fil blanc" non ???



Tioufout 17/11/2009 10:28


Intéressant, je le rajoute à ma liste de livre.


Géraldine 18/11/2009 17:08


@ Tioufout : C'est vraiment un livre marquant tu verras !


Le coin litteraire 14/11/2009 14:10


Je suis tombée sous le charme de ton avis :) Et hop, sur ma liste :)


Géraldine 18/11/2009 16:58


@ Coin litt : Merci ! Et bonne nouvelle, Delphine de vigan a accepté de répondre à une de mes interview à conditions d'attendre décembre !


Isa 11/11/2009 18:23


en effet, j'ai fait une légère confusion !!!


Isa 10/11/2009 19:19


Ce roman interroge beaucoup sur notre société. J'ai trouvé le personnage de Delphine particulièrement réussi. 


Géraldine 11/11/2009 18:20


@ Isa : Euh... le personnage s'appelle Mathilde... Effectivement, la partie la concernant sont plus intéressantes.


Marie 09/11/2009 13:22


J'ai lu ce roman il y a une dizaine de jours (oui je sais j'ai du retard dans mes bilelts) et j'ai beaucoup aimé ! Ce livre m'a conduite vers les mêmes sensations et questions que
toi.
Un livre à lire absolument pour mieux comprendre le fonctionnement du harcèlement, pour mieux remettre en question l'indifférence générale...


Géraldine 10/11/2009 14:09


@ Marie : Je savoure déjà à l'idée de lire ton billet !


Soie 09/11/2009 11:13


Tu parles très bien de ce livre et comme j'ai reçu une offre d'alapage, je vais voir s'il en fait partie.
L'ultra moderne solitude, comme tu le dis si bien et comme l'a si bien chanté Souchon est l'un des fléaux de notre société, où paradoxalement les techniques et moyens de communication se
développent à vitesse Grand V et où les individus semblent de plus en plus isolés.
On parait de plus en plus exposés (il faut presque lutter pour conserver un peu d'intimité lol) ,  on a l'impression que la vie des uns est exposée sur la place publique et qu'en
même temps, les gens ne voient plus rien.


Géraldine 10/11/2009 14:08


@ Soie : En fait, je pense qu'Alapage.com donne le choix du livre au lecteur. En tout cas, il en fut ainsi pour moi !


pimprenelle 08/11/2009 18:59


J'aime les lectures qui remuent, qui dérangent.
Je le note.


Géraldine 09/11/2009 13:17


@ Pimprenelle : j'espère en voir tes impressions dans quelques temps sur ton blog.


keisha 08/11/2009 15:31


Si, je peux le réserver, mais comme j'ai pas mal à lire, cela fait une excuse... ^_^


Edelwe 08/11/2009 12:45


Je suis entièrement d'accord avec toi. C'est un roman beau mais dur.


Géraldine 09/11/2009 13:16


@ Edelwe : Celui ci par contre, risque de rester un bon moment dans ma mémoire !


sylire 08/11/2009 12:26


C'est un sujet convenu comme le souligne Leiloona mais j'ai bien envie de lire moi aussi. C'est un livre que tout le monde n'a pas aimé, j'ai envie de me faire ma propre opinion.


Géraldine 09/11/2009 12:58


@ Sylire : C'est un livre qui divise parce qu'il remue... et que tout le monde n'est pas forcément à l'aise avec cela.


Leiloona 08/11/2009 12:14


Un sujet qui me semble bien convenu, mais il faudrait que je le lise ... voici un livre qui tourne pas mal sur la blogo !


Géraldine 09/11/2009 12:56


@ Leiloona : Tu verras, c'est une belle lecture. Dure mais très belle. J'attends ton avis !


Thaïs 08/11/2009 10:52


J'ai envie de le lire celui là !


Géraldine 09/11/2009 12:57


@ Thaïs :Tu verras, c'est un livre d'une magnifique et dure vérité.


celsmoon 07/11/2009 09:52


Il est tellement vrai... je crois que c'est pour cela que la gorge se noue davantage ...


Géraldine 08/11/2009 13:02


@ Celsmoon : C'est clair qu'il pourrait y avoir un peu de chacun de nous dans les personnages. personne n'est à l'abris.


Mango 07/11/2009 09:29


Tu as tout à fait raison de l'aimer! Je me rends bien compte que c'est un beau récit mais, comme tu le  sais, je n'étais pas dans un bon moment pour lire une histoire aussi triste! Je le
relirai peut-être, si je me sens d'attaque! 


Géraldine 08/11/2009 13:03


@ Mango : Laisse passer un peu de temps, et reprends le en sachant plus à quoi t'attendre, peut être que cela passera mieux.


keisha 07/11/2009 08:56


Comme ce livre est toujours emprunté à la bibli, j'attendrai, mais de toute façon j'ai envie de lectures moins sombres!


Géraldine 08/11/2009 13:05


@ Keisha : Et tu ne peux pas le réserver ???


canelle56 07/11/2009 08:28


Bonjour Geraldine , humm un peu trop fragile pour lire ce genre de livre en ce moment, bises
clic


Géraldine 08/11/2009 12:57


@ Canelle : C'est vrai que ce n'est pas un livre qui remonte le moral