LE QUATRIEME MUR, de Sorj CHALANDON

Publié le 8 Octobre 2013

 http://www.evene.fr/files/imce_dates/2013/08/sorj-chalandon-le-quatrieme-mur.jpg Roman - Editions Grasset - 327 pages - 19 €

 

 

Parution le 21 septembre 2013, rentrée littéraire !

 

 

 

L'histoire : Années 80... Georges est un éternel étudiant, engagé, révolté.

Son ami Sam, mourant, lui fait promettre de reprendre et de faire aboutir un projet qui semble inconcevable : mettre en scène Antigone d'Anouilh à Beyrouth, en réunissant des acteurs de toutes confessions et de tous camps... Faire taire les bombes, faire cesser la guerre, le temps d'une représentation de théâtre... Georges est fidèle, envers et contre tout...

 

 

 

Tentation : Deux ans d'attente !!!!

Fournisseur : Ma CB

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Mon humble avis : Le Liban, la "guerre de mon enfance", à laquelle je n'ai jamais rien compris. Peut-être parce qu'il n'y a rien à comprendre dans une guerre, c'est juste l'enfer, l'abjecte. Parce que de loin, le méchant est celui que nous proposent certains médias, et sur place, l'ennemi est celui qui tue les enfants, qui occupe les terres. Il est donc partout, dans les deux, trois, cinq, dix camps. Sorj Chaladon nous emmène à Beyrouth, sous les bombes, derrière la ligne verte, chez les chiites, chez les Palestiniens, chez les Chrétiens, les Druzes, les Phalangistes etc. Après cette lecture, la situation de cette ville, de ce pays ne m'est pas plus claire, mais là n'est pas l'essentiel. D'ailleurs, cette situation inextricable échappe à Georges, le personnage principal. Il est là pour montrer que c'est encore moins simple vu de près que vu de loin, de notre écran de TV. Je pense n'avoir jamais "vécu" la guerre d'aussi près, même si confortablement assise dans mon canapé. De confortable, il n'y avait que le canapé d'ailleurs, car la lecture ne l'était point. Il me semble que jamais un livre qui traite de la vérité ne m'a autant noué la gorge, assommée, laissée sans voix, remuée, au point qu'il m'était impossible de rester durablement dedans, petite nature que je suis. Oui, il faut s'accrocher. Car les ressentis, les moments et les images décrits sont vécus pour la plupart, vécus par Chalandon lui même, alors qu'il couvrait cette guerre en tant que journaliste. Cette guerre que nous voyons de l'intérieur, par un regard extérieur de position comme d'opinion. La guerre qu'écrit Chalandon, c'est la vraie, pas celle qui dure deux minutes trente à la télé avant les résultats sportifs. C'est celle qui gangrène tout, même le plus innoncent, même le "moins" concerné... qui finira, lui aussi, par s'habituer aux explosions des bombes la nuit. Là-bas, c'est l'absence de bombes qui inquiète, car elle annonce leur arrivée, et oblige à guetter.

Et puis il y a le théâtre, cet espoir, ce répit, ce repos, cette trêve possible, peut-être. Tout semble réunis. Mais George doit composer avec les croyances et les divergeances parfois ancestrâles des comédiens qui viennent de toutes les factions présentes à Beyrouth, des factions qui se déchirent ou se soutiennent en camps. Mais grâce à Sam, à Georges, un représentant de chaque religion, de chaque camp acceptera de jouer le jeu, de passer escorté de l'autre côté, d'entrer ou non dans la peau d'un personnage, d'oublier ou non ses préjugés et peut-être, de tendre la main à l'autre. Cela peut sembler dérisoire, c'est pourtant magnifique, fort, et très symbolique. Comme l'est Antigone, la révoltée.

Pourquoi "le quatrième mur" : Le quatrième mur, en langage théâtrale, c'est le mur invisible que créent les acteurs entre eux et le public. Une scène de théâtre ne comportent que trois murs, à chacun le soin d'imaginer son quatrième, comme vous le ferez sans doute vous même. Le mur qui protège, le mur qui osbtrue et rend aveugle, les murs dressés par les hommes entre eux... Des quatrièmes murs, il y en a plus d'un au fil de ces pages.

Le quatrième mur raconte l'amitié, l'absuridité de la guerre, sa cruauté, l'indiscible et l'espoir. 

Georges ne rentrera pas intact du Liban, et nous ne sortons pas idemnes de cette histoire. Manifester, voter, se révolter, maugréer, s'insurger devant les images que nous montrent les médias ou contre une décision "politique" ne sert à rien si nous ne sommes pas capables de lire un tel livre, et de savourer notre chance de vivre dans un pays en vraie paix, celle qui est importante, vitale dans tous les sens du terme et que nous oublions souvent, trop souvent.

 

 

 

L'avis de Gambadou, d'Hérisson

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Tiphanie 13/10/2013 18:37


Très beau billet, c'est une lecture qui restera longtemps dans nos mémoires!

Géraldine 18/10/2013 13:54



@Tiphanie : C'est clair, inoubliable...



A_girl_from_earth 11/10/2013 23:41


Sûr que ça ne peut laisser indifférent mais pas trop envie de me lancer dans ce type de lecture en ce moment. Il me faut du joyeux, un peu, dans ce monde de brutes.;)

Géraldine 18/10/2013 13:50



@AGFE : Alors passe ton chemin pour le moment, car ce n'est pas joyeux du tout !



Alex-Mot-à-Mots 11/10/2013 13:09


Deux ans d'attente ? Et pourquoi bien ?!

Géraldine 18/10/2013 13:48



@ Alex ; Pour être honnête, un an et demi, mais ça m'a paru long, surtout que Chalandon m'avait dit ne plus avoir trouvé de nouveau sujet lors de notre première rencontre, à l'époque de killybegs
!



Manu 09/10/2013 16:46


J'ai honte, je n'ai jamais lu cet auteur. Mais tu me fais prendre conscience que je dois réparer cela !

Géraldine 11/10/2013 12:27



@ Manu : Il n'y a pas de honte à avoir dès qu'on a pas lu un auteur incontournable ! Car on passerait notre vie à avoir honte !



L'Irrégulière 09/10/2013 13:44


J'en entends beaucoup de bien !

Géraldine 11/10/2013 12:28



@ L'irrégulière : Il ne te reste plus donc qu'à le lire !!!



Emma 09/10/2013 09:43


J'aime beaucoup les livres de Chaladon et le lirai certainement un jour.

Géraldine 11/10/2013 12:28



@ Emma : Cet auteur, comme ses livres, n'a pas son pareil !



sylire 09/10/2013 07:14


Je le lirai certainement car tout ce que j'ai lu de lui m'a beaucoup touchée.

Géraldine 11/10/2013 12:29



@ Sylire : Celui ci est particulièrement fort !



Sudisine 08/10/2013 19:07


Ta chronique me plait, tu as cette facilité que j'envie !
Ce livre me tente sans me tenter car les romans sur les guerres je n'y adhère pas ! Sans doute à cause de la violence et de l'absurdité des guerres comme tu dis mais ce que tu expliques du
théâtre m'ouvre une porte sur une possible lecture....

Géraldine 11/10/2013 12:52



@ Sudisine : Merci pour ton compliment ! Mais ce n'est pas toujours facile !


Un livre sur la guerre, oui, mais vraiment pas comme les autres ! A lire !



viviane 08/10/2013 12:16


Je viens juste de finir ce roman, avalé en trois jours. Aussi beau, prenant, remuant que la rencontre avec Chalandon aux Champs Libres le laissait présager. J'ajouterais une chose à ta critique :
le style de Chalandon, vraie belle plume. Le fond et la forme, mon livre de l'année à n'en pas douter   

Géraldine 11/10/2013 12:53



@Viviane : J'ai de mon côté été incapable de "l'avaler"... 15 jours pour moi !



Anne 08/10/2013 11:10


Je suis complètement folle, je n'ai encore lu aucun livre de Sorj Chalandon (manque de temps, tentations qui se chassent les unes les autres) mais j'achète tous ses bouquins, j'ai déjà trouvé
celui-ci chez le bouquiniste. Faut que je m'y mette, c'est pas possible, je suis sûre que je vais aimer (j'ai même des dédicaces et j'ai adoré cette très brève rencontre !!)

Géraldine 11/10/2013 12:53



@ Anne : Ben alors, qu'est-ce que tu attends ?!!!



Valérie 03/10/2013 18:29


C'est vrai, nous ne sortons pas indemnes. Mais je trouve qu'il manque des éclaircissements sur les différents groupes. Je me suis parfois perdue.

Géraldine 03/10/2013 23:54



@ Valérie : En fait, c'est voulu. Lors de la conf de chalandon, celui ci a dit qu'il voulait montrer à quel point c'était compliqué de comprendre la situation sur place, que même le
personnage de Georges n'y parvenait pas vraiment, mais que l'essentiel n'était pas là.