LE PETIT BONZI, de Sorj CHALANDON

Publié le 21 Avril 2012

 Roman - Livre de poche Editions - 253 pages - 6 €

 

 

Parution en poche en août 2007

 

 

 

L'histoire : Dans les années 50, Jacques, écolier de 12 ans, n'est pas comme les autres. Il est bègue. Des mots se refusent à lui, sont trop violents à prononcer... Avec son ami de coeur Bonzi, il cherche par tous les moyens à guerir. Quitte à goutter toutes les herbes des environs, à croire son père disparu, à inventer des mensonges qui le dépasseront, qui l'obligeront à se dépasser avec l'aide bienveillante d'un instituteur lui aussi, pas comme les autres.

 

 

 

Tentation : Un auteur et une histoire qui ne pouvaient que me toucher

Fournisseur : Ma CB, au salon de Rennes, avec une dédicace magnifique, mais que je garde pour moi !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis :Parfois, quand on lit un livre, on ne visualise rien ou l'on se crée un univers de toutes pièces, mais au plus proche des descriptions données par l'auteur sur les paysages, les personnages... Dans le Petit Bonzi, celles ci n'affluent pas, où restent discrètes. Mais dans mes yeux, je voyais des clichés de Doisneau et dans mon coeur, il régnait une atmosphère "à la guerre des boutons".

Le Petit Bonzi est le premier roman de Sorj Chalandon, un premier roman qui annonce déjà le sublime de la suite. Une histoire qui raconte déjà de l'homme lui même, celui qui s'est dissimulé dans Retour à Killibegs, pas là où il s'y est posé officiellement. L'auteur s'est inspiré de sa jeunesse : le bègue, c'est lui. Le père violent, c'est le sien. Le reste est littérature. Et quelle littérature ! Pas comme les autres. Poétique déjà ! Une littérature où les mots ont une importance capitale, où le style mêle adroitement les pensées et les ressentis d'un enfant et le talent d'un adulte pour rendre ce récit cohérent, rythmé. L'auteur est là pour montrer ce que l'enfant ne voit pas, pour aider le lecteur à déduire sans forcément prendre la parole et sans trahir l'enfant qu'il était. Oui, une écriture singulière où il m'a fallu prendre mes marques : ce n'est pas l'enfant qui parle et pourtant l'auteur homme semble tout de même s'effacer devant l'enfant... En fait, ça y'est, j'ai les mots de mon impression. L'auteur met en scène (il ouvrit la porte etc...) et l'enfant parle à travers le stylo de Sorj Chalandon quand il pense, regarde, craint, espère. Suis-je plus claire ? Si non, lisez le livre, si oui, lisez le aussi !

Le sujet maintenant.... Jacques est bègue. Les mots ne veulent pas sortir. Il n'y a qu'avec son copain Bonzi qu'il ne bégaie pas. Ces parents ne semblent pas s'en préoccuper plus que ça. Alors, on suit Jacques et Bonzi dans leurs rêves, leur quête de l'herbe qui guérit. Et l'on découvre avec émotions les efforts secrets que réalise ce petit gamin. Il s'exerce devant la glace à prononcer des mots compliqués. Il tient un cahier qu'il complète avec des mots de rechange qui contiennent moins de Pppp, bbll, ttttrrrr. Moi, ça m'a remuée tout au fond. Car il y a 3 ans, j'ai souffert soudainement de gros troubles de langage et parfois, ou systématiquement suivant les situations, ceux ci me reprennent, avec moins d'intensité bien sûr, mais tout de même. Et je sais quand ils vont venir pour dire sans doute "fragile, à manier avec délicatesse", ou " A peur", ou "n'en peut plus, panique à bord".

Autre intérêt de ce roman : une plongée dans les années 50, dans le monde de l'enfance (ses rêves, ses rivalités, ses bêtises, ses mensonges, son imagination), et de l'école d'alors. Une école de garçon. Et un instituteur qui aime tout ses élèves, ne montre aucune préférence, mais garde un oeil prévenant et protecteur sur les plus faibles, sur Jacques, entre autres. Et son salut, Jacques finira par lui devoir dans un final haletant, qui noue le coeur, tant on craint pour l'un, tant l'autre nous éblouit par sa hardiesse et altruisme, sa bonté, son sens du devoir...

Un livre qui vient du coeur, qui dit sans doute tout ce que l'enfant n'a pu dire à l'époque, mais avec pudeur et délicatesse. Un ancien bègue qui a sans doute appris de ce fait à dire l'essentiel, à ne pas dire les mots de trop, à ne pas mettre de mots sur ce qui se devine. Alors faisons comme lui, n'en disons pas plus...

Un livre très encourageant aussi. L'auteur était cet enfant bègue. Quand on voit l'homme, le journaliste et l'auteur qu'il est devenu, il peut être un exemple très convaincant de victoire contre les troubles du langage qui emprisonnent tant d'enfants et leur famille.

 

 

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Commenter cet article

Emma 30/04/2012 14:12


J'ai tellement aimé Mon traître et Retour à Killybegs que je lirai certainement celui là un de ces jours...

Géraldine 04/05/2012 21:45



@ Emma : Moi , je compte lire tous les livres de cet auteur. Mais faut pas y aller trop vite car il n'a rien commencé à écrire depuis retour à killybegs.



sylire 26/04/2012 22:30


Tu donnes bien envie ! J'ai "la promesse" dans ma PAL. Il faudra que je trouve celui-ci un de ces jours !

Géraldine 01/05/2012 00:09



@ Sylire : Et bien moi, c'est la promesse qui me manque !



Alex-Mot-à-Mots 23/04/2012 20:42


Ben, elle dit quoi la dédicace ? Tu en as trop dis....

Géraldine 25/04/2012 18:02



@ Alex : Non, je peux pas, trop personnelle



A_girl_from_earth 22/04/2012 22:39


Je crois qu'il faut que je lise un autre de ses romans avant celui-ci. Je pense que l'impact doit être encore autre quand on a lu l'auteur et surtout si on l'a apprécié.

Géraldine 25/04/2012 17:59



@ AGFE : Pt'être ben que oui, p'têtre bien que non  En même temps, ça peut être bien de commencer un auteur avec son  premier roman...



Didi 22/04/2012 21:03


Alors que tu lisais le petit Bionzi je lisais Mon traître que j'ai beaucoup aimé !


J'avais déjà lu une promesse de cet auteur.


Je note donc ce titre mais avant je veux lire Retour à Killybegs

Géraldine 25/04/2012 17:58



@ Didi : Mon traitre est aussi dans ma PAL, mais ayant lu retour à killybegs, je me suis dit que plutôt que de faire tout dans le désordre, et bien j'allais reprendre par le début, le 1er roman
de l'auteur, histoire de suivre son évolution.



Yv 22/04/2012 18:30


Je viens de finir mon deuxème S Chalandon Mon taritre, après retour à Killybegs (je les fais dans le désordre) et sûr que je relirai cet auteur.

Géraldine 25/04/2012 17:57



@ Yv : Je vais faire dans le désordre aussi, puisque j'ai lu killybegs et que mon traitre est depuis peu dans ma PAL !



gambadou 21/04/2012 21:49


tu es devenue une inconditionelle (comme moi !). Je note celui là que je ne connais pas

Géraldine 22/04/2012 12:52



@ Gambadou : Ah oui, j'en ai encore deux dans ma PAL, plus d'autres à la bib. Mais mon objectif est bien d'avoir lu toute sa prose d'ici à la fin de l'année, en espacant, pour le plaisir !



Mary 21/04/2012 15:56


Ce livre et ton billet m'inspirent beaucoup ...Un sujet délicat qui remue touche le coeur je note bien sûr ! Et son auteur toi qui l'as rencontré comment est il ?

Géraldine 22/04/2012 12:53



@ Mary : L'auteur semble solide comme un rock, comme quelqu'un qui a vécu et revenu de tout et pourtant, tellement à fleur de peau....



Philippe D 21/04/2012 13:00


Un livre sans nul doute intéressant.


Bon weekend.

Géraldine 22/04/2012 12:53



@ Philippe : Auteur et livre à découvrir absolument !



constance 21/04/2012 12:44


contente que tu es aimé :)

Géraldine 22/04/2012 12:55



@ Constance : Oui et quand je serai en forme, je lirais Mon traitre. et tous les autres. D'ici la fin de l'année, j'aurais lu toute la prose de chalandon !


 



Mango 21/04/2012 11:43


J'ai l'impression que ce livre a tout pour me plaire! 

Géraldine 22/04/2012 13:01



@ Mango : Tu sais par qui il est écrit donc...



clara 21/04/2012 08:15


Merci Géraldine pour ce livre que je note !

Géraldine 22/04/2012 13:04



@ Clara : j'espère bien ! Suis même étonnée que tu ne l'aies pas déjà lu !