LAISSER LES CENDRES S'ENVOLER, de Nathalie RHEIMS

Publié le 21 Août 2012

Roman - Editions Léo Scheer - 254 pages -19 €

 

 

Parution 22 août 2012 - RENTREE LITTERAIRE

 

 

L'histoire : La narratrice a perdu sa mère il y a dix ans.... Mais le lien était déjà brisé depuis plus d'une décennie. Elle était encore adolescente lorsque sa mère l'abandonna pour un jeune Artiste à qui elle sacrifiera tout. De cette blessure, nait un livre et ainsi, les cendres pourront enfin s'envoler.

 

 

 

Tentation : Le pitch

Fournisseur : Gilles Paris et les Editions Léo Scheer, merci pour l'envoi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis : Ainsi commence ce roman : "J'ai perdu ma mère. Elle a disparu il y a plus de dix ans. Ma mère est morte, je le sais. Mais lorsque j'y pense, je ne ressens aucun chagrin, pas la moindre émotion".

Le livre n'est pas épais, les marges importantes et la police de caractère assez grande. Je pensais ne faire qu'une bouchée de ce roman... Et bien non, car je me le suis pris de plein fouet, alors il m'a fallut autant déguster que digérer. Laisser les cendres s'envoler est un roman qui camouffle à peine une histoire pleinement autobiographique. Certes, les personnages ne sont jamais nommés autrement que par leur titre (mon père, ma mère, mon grand père, l'Artiste). Certes, les lieux sont modifiés (j'ai tapé sur Google Chateau de Gombière... pour aboutir sur une photo représentant une chambre de maison de retraite...) Bien sûr, on s'interroge sur les frontières romanesques et autobiographiques de l'oeuvre, ce qui est ajouté, édulcoré, romancé.... Mais en même temps, je n'ai cessé de me dire : cela sonne si vrai.

Nathalie Rheims appartient à une dynastie de richissime et reconnus banquiers instaurée depuis des générations et dotée d'une particule. Une famille où la bienséance, l'apparence et la réputation priment sur les sentiments, l'émotionnel et la vérité. Une famille carcan qui met le coeur en cage, et qui, comme les célèbres 3 singes, se cache les yeux, se bouche les oreilles et ferme la bouche... Une famille où le silence est roi !

C'est au sein de cette famille, dont elle se sent étrangère, que grandit la narratrice qui dit " A 9 ans, j'aimais encore ma mère. Quand ai-je perdu sa trace ?"Dans cette quête du "pourquoi un lien se rompt" , l'auteure se retourne sur sa vie, depuis sa tendre enfance familiale jusqu'à son âge adulte où, pour apparaitre et renaitre aux yeux des autres, elle décide de disparaitre dans l'anorexie. Ainsi, elle effacerait le trait posé sur elle en rétraicissant. Par tous les moyens, la narratrice cherche à retrouver sa mère. Parce que depuis des années, celle ci ne fait plus aucun cas d'elle et que l'Artiste, le nouveau mari de cette dernière, occupe toute la place. Il n'est pas ici question de jalousie, puisque cet Artiste évince complètement la jeune femme de leur existence. Au point qu'à la mort de sa mère, l'auteure ne récupèrera pas un objet et encore moins une fortune dilapidée. Il ne lui restera que de lointains souvenirs et des "pourquoi" ?

Il y a dans ce livre toute la souffrance de l'auteure, son désarroi, son incompréhension, son besoin d'amour maternel absent et les conséquences présentes de cette privation. Mais pas de pathos ou de larmoiement. Une écriture très travaillée et succulente, parfois jusqu'à l'extase. Comme j'ai aimé l'humour dont fait preuve l'auteur, et l'ironie, le cynisme élégant avec lequel elle dresse le portrait vritiolé de cette famille. Certes, je me suis parfois égarée dans certain lien familiaux, j'ai remarqué certaines redondances dans les propos, mais en même temps, certains m'ont parfois poussé jusqu'à l'effroi... Comment ont-ils pu aller jusque là ??? Ca, c'est pour la forme.

 Dans le fond, c'est un roman très intimiste, qui a reçu un nombre si incroyable de petites croix dans les marges que je ne lâchais plus mon crayon. C'est un roman sur le deuil.... Sur une page qui se tourne... Sur l'oubli ou plutôt la distance nécessaire pour renaître, ou naitre, même si c'est à 30 ans passés. Des sujets qui semblent cher à Nathalie Rheims, puisque je les avais relevés dans "Le chemin des sortilèges", autre roman de Nathalie Rheims.

Comme tout ce qui traite de l'intime, au delà de la qualité littéraire indéniable de ce roman, celui ci plaira à tout à chacun en fonction de son propre vécu. De mon côté, si cette lecture m'a pris autant de temps, c'est qu'au fil des pages, j'avais l'impression de me regarder dans un miroir, un miroir déformant et déformé certes car différent, mais un miroir. J'y ai trouvé les mots de mon silence. Car oui, l'essentiel de chacun est trop souvent dans le silence.

 

 

Exemple d'ironie : J'étais bien décidé à prendre le temps nécessaire pour commettre un meutre littéraire, un assassinat de papier. Mais les années passaient, et je devais me rendre à l'évidence : je n'étais pas la mieux armée pour ce genre d'homicide"

 

"Je découvre aujourd'hui que ce que je prenais à l'époque pour un carcan moral pesant sur cette famille était, en réalité, le véritable secret de la réussite. L'art de prévoir le pire, tel était le savoir faire à transmettre pour fabriquer ces princes de la finance..."

 

"Pouvoir faire des choix. Etre libre, même si ce n'était qu'une apparence. Je ne désobéissais jamais, de peur que l'on m'abandonne."

 

 

Une rentrée littéraire qui commence fort bien pour moi. En effet, livre lu dans le cadre du

                                          Chez Hérisson et Mimipinson

 

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

Commenter cet article

macha 23/10/2012 14:25


lu, décue  ... mais je ne suis pas objective car j'adooooooore d. de vigan. ce livre est pour moi plus volent car
elle ne peut , ne veut laisser aucune fenêtre à sa mère tandisque dasn le livre de de Vigan j'ai ressenti plus de tendresse vis à vis de sa mère! N Rheims lui fait un procès postume.. et on peut
le comprendre: qu'en penses tu? merci de me l'avoir fait lire

Géraldine 26/10/2012 17:16



@ Macha : La mère de de Vigan est clairement malade, ce qui ne semble pas le cas de celle de Nathalie Rheims. Voilà pourquoi sans doute cette impression de porte ouverte ou fermée... Delphine de
Vigan n'a pas été sciemment abandonnée par sa mère. Et pour moi, ce n'est pas un procès  à la mère, mais à l'artiste qui a manipulé sa mère...



clara 02/09/2012 18:07


Il est dans ma PAL, je reviendrai lire plus tard ton avis.

Géraldine 03/09/2012 13:36



@ Clara : J'attends ton avis avec impatience, je pense que ce roman devrait pas mal te remuer !



titoulematou 25/08/2012 08:59


un commentaire qui fait diablement envie!!!


 

Géraldine 30/08/2012 19:10



@ Titoulamatou : Et en plus, une auteur diablement sympathique, rencontré dimanche dernier !



A_girl_from_earth 25/08/2012 01:06


Sous le nom de Natacha Braque, avec Rivegauchez-vous : http://bibliobs.nouvelobs.com/rentree-2012/20120820.OBS9975/il-n-existe-qu-une-seule-litterature-et-elle-se-fait-a-saint-germain-des-pres.html

Géraldine 30/08/2012 19:09



@ AGFE : Tu as l'oeil avisé... J'ai effectivement reçu un mail de lui m'annonçant la sortie de ce livre, mais je n'ai pas vu le subterfuge !



L'Irrégulière 24/08/2012 22:19


Je t'attends de pied ferme !

Géraldine 30/08/2012 19:07



@ L'irrégulière : Heureusement que tes pieds étaient fermes, vu le temps que j'ai mis à arriver, avec des cendres à laisser s'envoler ! Bonne lecture !



keisha 23/08/2012 20:02


Pourquoi, ici? Je me le demande...

Géraldine 24/08/2012 23:17



@ Keisha : ben oui, sur ce billet, point question d' AN, mais de NR !!! Que l'on aura normalement le plaisir de rencontrer dimanche



Yv 23/08/2012 11:17


J'ai eu un peu de mal à entrer dedans. L'écriture, l'angle de l'auteure, tout me gênait un peu? Néanmoins, je reste sur une bonne impression.

Géraldine 24/08/2012 22:52



@ Yv : Est-ce êre sexiste que de dire que des romans s'adressent plus à un lectorat féminin ???



A_girl_from_earth 23/08/2012 01:09


Je fuis, malgré tout le bien que tu (et d'autres) en dis(ent). Une PAL et surtout LAL trop longue pour que j'y rajoute de suite des romans de la rentrée littéraire (sauf exception, le truc
incontournable (pour moi ) - à ce propos, OMG, j'ai repéré un nouveau Pascal Fioretto mais sous pseudo...
soupirs...)

Géraldine 24/08/2012 22:28



@ AGFE : Et bien figure toi que ce livre pourrait devenir incontourbable  Un nouveau Fioretto ? Sous quel pseudo
?????????



Karine:) 22/08/2012 22:29


J'ai été terriblement déçue par un autre roman de l'auteur que je pense pas que je renouvellerai l'expérience.  Malgré tout, je vois tout plein de billets positifs...

Géraldine 24/08/2012 22:22



@ Karine : Comme quand on tombe de cheval, il faut remonter ! Par contre, si le deuxième essai n'est pa concluant, je pense qu'il ne faut pas insister. Il y a assez d'auteurs sur terre pour
s'acharner sur ceux qui nous plaisent vraiment !!! Par contre, je redis au passage que ce roman m'a vraiment beaucoup très plu !!!!



gambadou 22/08/2012 21:50


Moi qui ait déjà trouvé que le livre de Delphine de Vigan était trop intimiste ! je crois que je vais passer celui-là !

Géraldine 24/08/2012 22:19



@ Gambadou : Ce live ci est quelque par moins intimiste et plus facile à lire. Une vraie belle lecture, moins "pesante" que ce livre de delpine de Vigan. Des propos choquant dans un mileu
familial, mais bien moins que les actes dans la famille de de Vigan !



Philippe D 22/08/2012 21:39


Déjà le titre est intéressant!


Un livre à retenir, donc.


Bonne soirée à toi. 

Géraldine 24/08/2012 22:17



@ Philippe : Tu peux même me souhaiter de bonnes vacances !!!! depuis ce soir, c'est officiel Au programme,
famille, cousins, amies, salons du livres, et rencontres avec des blogueuses des auteurs, notamment je pense Nathalie Rheims, dont je te conseille chaleureusement ce roman ! 



L'Irrégulière 22/08/2012 11:25


J'avais déjà lu un roman d'elle il y a quelques années, j'avais bien aimé. Pourquoi pas donc...

Géraldine 24/08/2012 22:14



@ L'irrégulière : Je retiens le message ! A très bientôt ! J'ai bien noté tes coordonnées et mo GPS est dans ma
valise !



denis 21/08/2012 17:59


déjà la rentrée littéraire, je devrais m'inscrire car pour le jury FNAC j'ai lu 5 livres de la rentrée, je suis déjà quasiment à 1% avec ces livres


 

Géraldine 24/08/2012 22:13



@ Denis : Et oui, on a de la chance, la rentrée littéraire (pur plaisir) devance la rentrée scolaire !!!!


J'ai postulé pour le jury fnac... et n'ai pas été retenu. Décue et en même temps soulagée, curieux non ? Cela me laisse plus de liberté dans mes lectures et mon rythme, sans gâcher mon exitation
devant cette période riche en découvertes et en rencontres qui s'annonce !



zazy 21/08/2012 14:10


Ta critique est très bien, mais je ne lirai pas ce livre comme je ne lirai pas Delphine de Vigan

Géraldine 24/08/2012 22:10



@ Zazy : Ce roman est bien moins "lourd" que celui de Delphine de Vigan. J'ai réussi à me délecter du cynisme et de l'humour lorsque l'auteure décrivait sa famille, quand, en lisant Delphine de
Vigan, j'étais atterrée...  Un livre à ne pas laisser s'envoler !



Valérie 21/08/2012 12:07


J'espère quand-même qu'il n'y aura pas trop d'autofictions cette année. Je commence à en avoir ras le bol.

Géraldine 24/08/2012 22:08



@ Valérie : le côté auto fiction n'est vraiment pas pesant dans ce roman, tant ce cynisme, l'humour et le romanesque sont présents dans ce roman. Un délice de lecture, avec humour et effarement !



luocine 21/08/2012 10:45


je voulais dire arriver jusqu ' à moi, désolée

Géraldine 24/08/2012 22:06



@ Luocine : Je serais très mal placée pour faire remarquée des fautes d'ortho et d'inatention !!!



luocine 21/08/2012 10:43


je laisse la rentrée littéraire arrivée jusqu ' à moi pour l'instant je suis dans les lectures en retard.. je me souviendrai de ton papier pour celui-là


Luocine

Géraldine 24/08/2012 22:05



@ Luociné... mes lectures en retard sont dans mon étagère depuis plus de 12 ans. mes ce phénomène de rentrée littéraire m'amuse. Si j'étais passionnée par la mode, je me passionnerai pour les
collection automne / hiver, là c'est un plaisir pour moi de découvrir ce que les auteurs nous ont réservé comme surprise pour cette rentrée !



Alex-Mot-à-Mots 21/08/2012 10:01


J'avais lu l'auteure il y a bien longtemps, et je n'avais pas accroché. Mais tu me donnes envie de lire celui-ci.

Géraldine 24/08/2012 14:13



@ Alex : N'hesite pas, je me suis régalée de ce mélange de gravité et de cynisme.



Anne 21/08/2012 09:53


Justement je pensais à Delphine de Vigan... bon, si c'est bien écrit et si cela a une portée assez large, cela peut être bien... je le prendrai au moins en mains en librairie ;-) Le titre est
superbe.

Géraldine 23/08/2012 19:35



@ Anne : Curieusement, ce sont vous les blogueuses qui mettent delphine de vigan dans ma tête, ce que je n'ai pas fait une seconde en lisant ce livre. Certes, il y est un peu question d'anorexie
et de famille, mais ce roman ci me semble moins lourd et moi dramatique, car plus cynique.



Macha 21/08/2012 09:47


MERCI beaucoup dintérêt pour ton billet.... qui me fit penser aux thêmes de delphine de Vigan..... j'adopte te je lis... toujours à la quête de .. NOUS!! bizz et encore merci pour tout

Géraldine 23/08/2012 19:33



@ Macha : De rien, merci à toi. Cette histoire ci est tout de même moins tragique que le dernier livre de Delpine de Vigan !



keisha 21/08/2012 09:13


Snif, je voulais dire comme Mélo...


Finalement, "on" critique AN, mais au moins elle a de l'imagination débordante! Et, tiens tiens, on ne sait rien d'elle, par ailleurs!

Géraldine 23/08/2012 19:32



@ Keisa : moi y'en a pas comprendre ??? Pourquoi tu parles d'AN ici ????



Mélo 21/08/2012 01:31


Ce livre ne me tente pas mais ta critique est belle et tes mots me touchent !

Géraldine 23/08/2012 19:31



@ Mélo : Si mes mots et ma chronique te touchent, le livre risque fort de te plaire... je dis ça, je dis rien