LA JOUISSANCE, de Florian ZELLER

Publié le 25 Septembre 2012

Roman - Editions Gallimard - 160 pages - 16.90 €

 

 

Parution le 30 août 2012

 

Rentrée littéraire septembre 2012

 

 

L'histoire : Pauline et Nicolas ont la trentaine. Ils s'aiment dans une époque où l'individualisme règne en maitre. Chacun s'interroge donc sur cet amour, qu'il concoit différement. Et puis, lorsque l'enfant parait, l'amour disparait. Pourquoi ?

En comparant le couple à l'Europe, Florian Zeller constate et souligne ce qui fait mal. Sous le prétexte de la sacro sainte liberté, c'est toute une génération qui ne construit plus : finit les sacrifices, vive la jouissance. Et où va-t-on... Plutôt droit dans le mur, et loin du bonheur...

 

 

Tentation : Envie de relire l'auteur + le pitch

Fournisseur  : Ma CB lors de la Forêt des livres à Loches

 

 

 

 

 

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Mon humble avis : En commençant la rédaction de mon humble avis, j'ignore encore si j'ai aimé ce livre, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Non, à la folie, je le saurais je pense. Ce billet va donc m'aider à y voir clair sur un roman qui me laisse perplexe.

Tout d'abord, je salue l'audace de ce livre, qui ne ressemble à rien de ce que j'ai pu lire jusqu'ici. Malgré une histoire d'amour on ne peut plus banale, en la comparant à l'Europe et en argumentant par des faits et anecdotes historiques, l'auteur a donné une véritable identité  à son oeuvre. Par contre, de là à qualifier La jouissance de roman Européen, ce que répètent tous les grands critiques, je suis sceptique. Surtout que ce sous titre, annoncé par tout le monde, je ne le constate nulle part...

Alors, comme je n'y vois pas très clair, rédigeons simplement ce billet en 3 actes :

 

- Ce qui m'a dérangée... ou perturbée...

Le style narratif. Original certes, mais qui résonnait étrangement en moi... L'auteur alterne présent et passé, avec des flash back dans l'histoire du couple. L'auteur est spectateur de ses personnages, et je dirais presque leur metteur en scène (Florian Zeller a, ces dernières années, beaucoup écrit pour le théâtre). Cela se ressent dans le style qui m'a fait penser à une description de pièce de théâtre (Il se lèvre, il fait trois pas, il traverse la pièce).... Une écriture presque factuelle, qui constate, qui décrit, le tout à la 3ème personne du singulier ou du pluriel. Et puis, d'un seul coup, un "Je" apparait, l'auteur intervient dans le récit, se mettant en scène, prenant la place de l'observateur pour disparaitre aussitôt. Bref, tout cela m'a paru étrange et n'a pas provoqué en moi une profonde empathie envers les personnages, mais plutôt une distance.

Enfin, je me serais bien passée de descriptions approfondies de quelques pratiques et paysages sodomiques. Comme si un livre écrit par un jeune au 21ème siècle, pour être tendance, ne pouvait se passer de ce genre de scène...

 

- Ce que j'ai aimé... ou ce qui m'a intéressée...

Tout le reste !!! Non franchement, je trouve que le portrait que Florian Zeller dresse de notre génération et de notre époque sonne très juste. Même si cette génération n'est plus vraiment la mienne, puisque Zeller évoque les trentenaires que je viens de quitter... Ce portrait est non seulement juste, il est intéressant car mis en scène d'une façon novatrice.... La construction de notre génération et du couple est comparée à celle de l'Europe, et les anecdoctes ou faits historiques relatés ici par un auteur érudit sont plus que plaisants : amusants et passionnants aussi. C'est un livre où j'ai coché pas mal de phrases dans la marge et surtout, la Jouissance amène chacun à s'interroger, à réfléchir sur les thèses de l'auteur.

Il est clair que notre génération pronne aveuglement l'égoisme, craint que n'importe quel engagement sentimental deviennent une prison... On s'engage bien plus facilement auprès d'un opérateur téléphonique qu'auprès d'un homme ou du femme que l'on pourrait aimer... Nos soucis sont personnels et professionnels, et non plus historiques. L'Histoire, on la vit à travers un écran de télévision. Comme nous avons la chance de vivre dans un pays plutôt stable, cette Histoire n'impacte que très peu notre vie de tous les jours. A la limite, personnelement, j'ai presque l'impression que le seul impacte réel de l'Histoire actuelle dans mon quotidien est.... le prix du carburant à la pompe.

Mais revenons en au couple, sujet principal de ce livre que j'ai senti plus proche de l'essai que du roman, car Pauline et Nicolas ne sont pour moi qu'un prétexte de l'auteur pour évoquer ses interrogations, constations et inquiétudes sur notre époque. Par le passé, la naissance d'un enfant était une évidence, un ciment pour le couple, la garantie de la suite d'une lignée, la nécessité d'un héritié mais aussi, la promesse d'un bonheur immense. Il semble que maintenant, la venue d'un enfant soit plutôt synonyme de sacrifice incommensurable, de désaccord, d'éloignement, d'intrus dans le couple et surtout, d'intrus dans l'espace personnel... Un enfant empêche de jouir de l'entière liberté d'adolescent éternel que nous permet et nous offre notre époque de jouisseur et de zappeur. Zeller dit : "Nous sommes la première génération a avoir désappris à faire des enfants". Le constat est pessimiste, mais plutôt réaliste, au vu du nombre de divorces qui ne cesse de croitre.

 

Au final : Il semble que j'ai bien apprécié le contenu, et moins le contenant, le fond et moins la forme. Donc un livre pertinent qui mérite d'atterrir sur votre table de chevet !

 

 

 

Livre lu dans le cadre du challenge 1% rentrée littéraire organisé par Hérisson et Mimipinson 

                                                                                          4/7

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Syl. 15/11/2012 09:02


Bonjour, je viens de le lire et j'ai été agréablement surprise. Comme tu le dis, ce n'est pas un coup de coeur, mais la belle écriture s'en rapproche. Les points qui t'ont dérangée ne m'ont pas
perturbée. J'ai cherché le petit truc négatif... je n'ai pas trouvé. Donc, c'est une belle découverte pour moi !
Je remercie Hérisson avec son récapitulatif qui me fait atterrir ici !

Géraldine 27/11/2012 20:45



@ Syl : Ah les fameux récap d'herisson ! Si tu n'as pas trouvé de truc négatif, c'est que l'on est dans le coup de coeur pour toi alors ! Tant mieux !



Mademoisellechristelle 05/11/2012 20:28


Après avoir lu ton billet, je me suis finalement lancée.. pour ne pas regretter ! Et je suis parfaitement d'accord avec toi sur ton analyse de ce bouquin. Je l'ai trouvé vraiment bien
écrit, avec un ton incisif et un message intelligent

Géraldine 07/11/2012 20:35



@ Mademoisellechristelle : Contente que ce livre t'ait plus et d'être un peu à l'origine de ta lecture. Car la palme revient tout de même à l'auteur qui l'a écrit !



clara 27/09/2012 08:40


Le thème m'intéresse alors je le note!

Géraldine 28/09/2012 12:36



@ Clara : Et bien j'attends ton avis avec impatience !



Manu 26/09/2012 17:02


Ah j'ignorais totalement que ce livre traitait d'un tel sujet qui m'intéresse pas mal. Par contre, quel titre ! Mais pas si mal trouvé quand on en compred le sens. 

Géraldine 28/09/2012 12:38



@ Manu : C'est vrai que le titre n'est pas forcément explicite, sauf lorsqu'on lit le livre ou qu'on écoute l'auteur lors de ses passges TV !



Alex-Mot-à-Mots 26/09/2012 13:57


Thèse - anti-thèse - synthèse, tout y est, c'est bon !

Géraldine 28/09/2012 12:38



@ Alex : Et bien oui, cette bien vieille formule permet parfois de clarifier les choses et même un avis sur un livre !



Yannick 26/09/2012 10:29


Pour répondre à ton commentaire, je dirais que c'est l'amour que tu as reçu qui déterminera celui que tu donneras. Des exceptions existent heureusement et le fruit d'un travail sur soi modifie
cette capacité d'amour. Que nous nous comportions comme des ados égoïstes attardés est surtout affaire d'éducation. Les adultes jeunes ou moins jeunes responsables sont nombreux. Encore une fois
nous avons la propension à plus regarder ce qui cloche que ce qui va bien.


"L'arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse"

Géraldine 28/09/2012 12:40



@ Yannick ; Le côté ado attardés n'est pour moi pas forcément relié à l'éducation, mais à l'évolution de la société.  On n'attend plus l'enfant de la même façon, on ne lui réserve plus la
même place, sans remettre en question l'amour que l'on lui porte.


Très belle citation !



Valérie 26/09/2012 09:23


Les critiques ne sont pas très bonnes.

Géraldine 28/09/2012 12:42



@ Valérie : C'est un roman qui ne ressemble pour moi à aucun autre, alors effectivement, il peut surprendre comme tout ce qui nous sort d'une route bien tracée. Du coup, les avis sont plus
extrèmes peut-être. Mais c'est un bon livre, qui évoque un sujet de façoon intelligente et inédite.



keisha 26/09/2012 07:04


Ah oui, ta soeur, elel fait remonter la moyenne.


L'âge moyen de la femme qui a son premier enfant tourne autour de la trentaine, en effet.

Géraldine 28/09/2012 12:44



@ Keisha : Attention, ce n'est pas que l'on fait moins d'enfants (enfin, si tout de même, avec la contraception et les IVG)... Mais c'est surtout qu'on ne l'accueille plus de la même façon. La
venue d'un enfant agit maintenant souvent comme un ras de marée dans un couple, comme une rupture d'équilibre, ce qui était loin d'être le cas auparavant.



A_girl_from_earth 25/09/2012 23:17


Pas tentée mais je retiens "paysages soomiques". 

Géraldine 28/09/2012 12:45



@ AGFE ; avec un D, ça parle encore mieux, même si c'est moins poétique !



Mademoisellechristelle 25/09/2012 20:53


Un sujet d'actualité.. je suis plutot curieuse de le lire !

Géraldine 28/09/2012 12:58



@ Mademoisellechristelle : Et bien bonne lecture, j'ai hâte de partager ton avis, car c'est un livre et un sujet dont il y a vraiment a débattre, et c'est intéressant.



mary 25/09/2012 18:12


Triste bilan dans ce livre ! Pas trop envie de me prendre la tête je préfère positiver en ce moment !

Géraldine 28/09/2012 12:56



@ Mary : Triste oui, mais hélas souvent réaliste.



L'Irrégulière 25/09/2012 14:12


Je ne suis pas très très tentée, on va dire ^^

Géraldine 26/09/2012 00:14



@ L'irrégulière ; Bon, je t'excuse, si tu me donnes vite ton avis sur Laisser les cendres s'envoler. Je publie mon interview de Nathalie Rheims dans deux jours !



keisha 25/09/2012 11:17


A voir le nombre de femmes qui font des bébés, rien que dans mon entourage, je ne sais pas si ce que dit Zeller est fondé? Même si, d'accord, tout n'est pas rose...

Géraldine 26/09/2012 00:10



@ keisha : Tu as mal interprêté mon texte. Zeller ne dit plas que ne fait plus d'enfant, mais que globalement, on ne sait plus s'y prendre, que l'on est trop égoïste pour se laisser envahir par
la venue d'un enfant dans un couple, d'où les nombreux divorces chez les couples qui ont eu un bébé récemment.


Par contre, si je regarde dans mon entourage et le nombre de trentenaires et de quadra sans enfants, moi je trouve que l'on fait moins d'enfants, que l'on n'ose moins se lancer. Regarde le nombre
de couples qui mettent des années a avoir le premier gamin, tout ça parce que ce n'est pas le moment dans la vie professionnelle, que l'on veut d'abord profiter, voyager...


Bon, bien sûr, ma soeur est exclue de toutes ses observations !



Yannick 25/09/2012 09:17


Tu parles avec justesse du nombre de divorces croissant, ce qui veut dire que le nombre d'unions est toujours aussi important... L'amour a toujours sa place dans notre 21 iéme siècle et c'est
tant mieux. Je crois que les enfants sont toujours la fruit de l'amour.

Géraldine 26/09/2012 00:13



@ Yannick : Oui, les enfants sont toujours le fruit d'un amour, mais d'un amour qui a sans doute des bases de moins en moins solide pour survivre à l'ouragan qu'est l'arrivée d'un enfant. C'est
le propos du livre principalement. On est de moins en moins prêt à faire des concession dans son petit confort d'ado attardé égocentrique bien souvent.



mimi 24/09/2012 18:12


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