J'ABANDONNE, de Philippe Claudel

Publié le 11 Juin 2012

Roman - Folio Editions - 111 pages - 4.60 €

 

 

Parution sous format poche : Décembre 2002

 

 

  L'histoire : Le narrateur est l'homme. L'homme qui sombre. Qui fait naufrage et qui dit pourquoi. Il le dit à sa fille d'à peine deux ans. Il lui explique la mort de sa mère, son travail, le monde, la société. Non, vraiment il n'en peut plus. Il a baissé le bras. Et si la lueur venait de l'inattendu ?

 

 

 

 

Tentation : Le sujet et l'auteur

Fournisseur : Ma PAL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

étoile3etdemi

 

 

Mon humble avis : Non, ce n'est pas un énième livre sur la dépression. Comme il y a 10 000 raisons de tomber en dépression, il y a moult façons de la vivre et d'y survivre et donc autant de manières de traiter le sujet. Philippe Claudel a choisi une version aussi bien intérieure qu'extérieure, presque factuelle et surtout le moment fatidique de l'abandon : plus envie de se battre. Le narrateur explique les raisons qui lui font baisser les bras, mais ne détaille pas la douleur. Il constate ce qui le rend étranger à lui même et aux autres. Comme s'il laissait au lecteur le soin de l'interpréter, de la ressentir, de l'imaginer en fonction de son être profond. D'ailleurs, il me semble qu'aucun personnage n'est prénommé dans le texte, ce qui permet à chacun de se l'approprier où d'y voir qui il veut.

Notre homme subit la vie comme un rouleau compresseur. Sa femme est décédée d'un accident de voiture, lui laissant leur fillette encore bébé à élever. L'extérieur l'agresse, que ce soit la vulgarité gratuite de notre société, la bêtise humaine, l'indifférence, et pire que tout la haine qui semble le caractère le plus naturel de l'Homme. Et son travail... Il supporte toute la sainte journée un collègue que l'on pourrait qualifier de bourrin. A eux deux, ils sont des hyennes. A l'hopital, lors d'un accident mortel ou d'un décès, ils appellent la famille. Leur rôle, par un procédé bien rodé : pousser la famille dans la douleur de la nouvelle a accepter le don d'organe. "Nous sommes là pour prendre aux morts et donner aux vivants" Notre narrateur est donc chaque jour en contact avec la mort. Pas de mort, pas de travail... Concept pas facile à vivre, surtout quand son collègue bâcle la mission pour aller supporter, en déguisement de supporter de foot, le PSG lors d'un match.

C'est un texte aussi violent que doux. Violent car presque froid dans ce constat incompris. J'ai lu sur certain blog que le narrateur était psychotique. Je ne le crois pas. Il est bien conscient de ce qu'il vit, il cherche juste une branche à laquelle se retenir.

Et doux car l'homme parle à sa fille, lui parle de ses caresses, de ses nuits de veille quand elle est malade, de ses premiers mots, de ses cuisses potelées, de ses rires. Mais elle est tellement trop jeune pour l'aider.

Cette confession se déroule presque en temps réel, même si l'esprit du narrateur voyage entre son appartement, un couloir de métro ou un bar pour revenir dans "le confessionnal". Où pendant 3 heures, son collègue et lui tentent de conduire "une cliente" effondrée par la mort de sa fille d'accepter le don d'organe. Notre narrateur sort du protocole, lâche prise, pète les plombs et alors, peut-être trouvera-t-il la main qui le relèvera.

Tout est dit avec un ton extrêmement juste. Mon seul bémol irait au personnage de la babysitter que je trouve bien trop déjanté et peu crédible. Car si j'étais parent, même usée jusqu'à la corde, je crois que jamais je ne confierais mon enfant à une fille aussi vulgaire, disjonctée, très peu clean et pas concernée du tout par son rôle.

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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cr 15/06/2014 14:14

Trės bon livre, on croit faire partie de l'histoire. Cependant je n'ai pas tout à fait compris le titre, qu'est-ce qu'il abandonne àla fin?

Liliba 20/06/2012 16:24


Ah, je rêve de le rencontrer !!!! Tu as trop de bol !

Liliba 16/06/2012 17:51


Stop, rien ne va plus ! Un Claudel que je n'ai pas lu et qui n'est pas sur ma PAL !!!!! Vite, une librairie !!!!

Géraldine 20/06/2012 16:04



@ Liliba : voui, et dans quelques jours, une interview exclusive de P. Claudel sur mon blog !



A_girl_from_earth 13/06/2012 21:49


Oui j'avais bien suivi, mais j'avoue que je suis très curieuse de voir un personnage déjantée évoluer sous la plume de Claudel!

Alex-Mot-à-Mots 12/06/2012 17:01


Je ne connaissais pas ce titre de Claudel. Mais le sujet ne me tente pas.

Géraldine 16/06/2012 19:45



@ Alex : Il est pourtant fort bien traité, mais c'est vrai qu'avec cette météo, on a peut-être besoin de plus joyeux !



mary 12/06/2012 15:49


J'aime cet auteur et ce livre semble intéressant et plutôt différent de ses thèmes habituels .  Encore un titre à rajouter dans mon petit carnet déjà bien rempli !

Géraldine 16/06/2012 19:46



@ Mary : J'espère que tu arrives à lire des livres de ton carnet et que toute nouvelle entrée a un effet de vase communicant !



dictionary 12/06/2012 13:00


Très intéressant cet article.

Géraldine 16/06/2012 19:47



@ Dictionary : merci, livre à lire, sans aucun doute.



viviane 12/06/2012 08:26


Encore un Claudel !    et que
je n'ai pas lu non plus... il va être temps que je me rattrape  En attendant une prochaine interview
géraldinienne de l'auteur...

Géraldine 12/06/2012 22:24



@ Viviane : Tu ne crois pas si bien dire. Accor d'interview reçu en avril pour début juin, je viens donc tout juste de lui envoyer mes questions que j'espère assez sensées !



A_girl_from_earth 11/06/2012 21:43


Ah ça fait longtemps que je n'ai pas lu du Philippe Claudel, ça commence presque à me manquer! J'aime beaucoup son écriture. Et puis là, que vois-je? Le mot "déjanté"?? Je suis méga curieuse là!

Géraldine 12/06/2012 19:17



@ AGFE : Attention, déjantée, c'est juste le personnage de la babysitter. Pour le reste, le sujet traite tout de même de la dépression et du burn out !



Karine:) 11/06/2012 20:28


J'aime beaucoup Claudel.  Pourquoi pas!

Géraldine 12/06/2012 19:17



@ Karine : Allez Zou, sur ta PAL !



luocine 11/06/2012 09:06


j'aime bien cet auteur mais je me demande si ce livre n'est pas trop triste pour moi qui manque de soleil en ce moment!!


amicalement


Luocine

Géraldine 12/06/2012 19:18



@ Luocine : Effectivement, il vaut mieux bien choisir son moment pour ce lancer dans ce type de lecture.



clara 11/06/2012 08:12


je n'avais pas encore netendu parler de ce livre de cet auteur...Merci!

Géraldine 12/06/2012 19:19



@ Clara : C'est parce qu'en fait, il en a écrit beaucoup et qu'hélas, on parle souvent des mêmes !