AU SECOURS PARDON, de Fréderic BEIGBEDER

Publié le 10 Février 2009

Résumé : Au secours pardon raconte l’histoire d’un homme qui se croit libre comme la Russie, et qui va s’apercevoir que la liberté n’existe pas. « C’est l’année de mes quarante ans que je suis devenu complètement fou. » A Moscou, Octave Parango est chargé par une marque de cosmétiques de trouver la plus jolie femme du monde. Lena a la détermination boudeuse des jeunes filles et la beauté d’un ange démoniaque. On se damnerait pour la sauver ou se perdre avec elle. A Moscou, puis à Saint-Petersbourg, Octave fera les deux. Dans la cathédrale récemment reconstruite, il confesse ses turpitudes à un pope qui hoche la tête avec compassion. Lequel des deux sauvera l’autre ? Lequel des deux périra le premier ?


                                                  
                                     


Mon humble avis :  Houlala, je sens que faute de faire couler l'encre, un billet sur roman de Beigbder va faire cliqueter les claviers... Le livre commence par une préface de Marin de Viry, de la revue des deux mondes. Selon cette préface, en résumé, Frédéric Beigbeder serait conscient d'être ce qu'il est et de ne pas être ce qu'il n'est pas. Préface bidon, provoc ou pour clouer le bec aux détracteurs, je l'ignore.

Ensuite, le roman retranscrit le récit plus ou moins ordonné de la confession du narrateur auprès d'un pope orthodoxe Russe. Qui dit confession dit secret. Donc je me tais et j'arrête là cette chronique !

Mais non ! Je vais vous en dire un peu plus, peut être même vous ouvrir l'appétit. Car pour moi "Au secours Pardon" ressemble à une baguette de pain bien fraîche, tartinée de beurre salé et parsemée de carrés de chocolat amer...
Vous devez me croire aussi "givrée" que l'auteur... Laissez moi expliquer chacun des ingrédients de mon régal, car oui, je me suis régalée dans ma lecture.

La baguette bien fraîche : sa croûte  croustille sous vos dents et puis vous découvrez la mie et sa douceur. Là, c'est pareil. Beigbeder c'est le poids des mots et le choc des phrases croustillantes et percutantes à souhait. C'est curieux, on passe d'un paragraphe sarcastique à l'extrème, limite salace et vulgaire (car forcément, c'est du FB, donc on parle un peu de C.., de C......s, de Coke...), à trois pages d'une poésie formidable et d'envolées presque lyriques sur la beauté et les sentiments. Si si !

Le beurre salé : Et bien parce que le beurre aide parfois à faire passer bien des choses. Salé, parce que j'habite en Bretagne et que certaines phrases ou théories de FB sont sacrément salées... Mais comme c'est du beurre, ça finit toujours pas passer.

Le chocolat amer : Parce que quand vous mangez votre baguette, vous ignorez quelle sera la bouchée qui vous fera rencontrer un carré de chocolat. Dans Au secours Pardon, on a la même sensation. Le narrateur va-t-il disjoncter à nouveau ou pas ? Et puis le chocolat, ça peut fondre dans la bouche... et parfois, il faut mordre dedans pour l'avaler.  Et là, une fois de plus, FB va si loin dans le caustique qu'il faut parfois croquer pour avaler les énormes provocations, horreurs qu'ils distillent, presque innocemment, dans un bout de phrase.

Et pourquoi du chocolat amer en particulier ? Parce qu'il ressort de ce livre très fort une sensation d'amertume.
Frédéric Beigbeder a construit son roman sur quelques constats désenchantés : La décadence de notre monde qui ne s'attarde plus que sur la beauté physique, qui vit non plus une dans une société de consommation mais de tentation, et dont la déchéance le pousse à ne même pas réaliser qu'alors qu'il se croit libre, il vit sous le joug d'une nouvelle dictature , celle d'un effroyable besoin, celui de l'éternelle jeunesse. C'est pour cela que FB dérange, car il nous renvoie en pleine figure une multitude de vérités souvent attroces dans le concept. Et ces vérités, nous refusons souvent d'accepter qu'elles nous concernent également, chacun d'entre nous, mais dans diverses proportions. Et en plus, Beigbeder aime la cruauté tant dans les mots que dans les propos, pour mieux nous remuer, je suppose. Ou pour mieux nous déranger ? Après tout, un lecteur qui n'est pas dérangé ne finit-il pas par s'ennuyer ?

Et pour cela FG n'hésite pas à égratigner le monde de la pub, de la cosmétique (notamment une firme célèbre et son slogan international), de la mode et des dérives du mannequinat plus ou moins connues mais complètement ignorées. Il dresse un portrait peu complaisant mais réaliste d'une certaine Russie, qui depuis qu'elle n'est plus un empire emmurée dans un communisme terrifiant, s'embourbe dans un capitalisme mafieux et n'a pas vraiment libéré ses enfants.

Conclusion : Au secours Pardon fut pour moi une lecture jubilatoire. Je savais dès le début, qu'en entrant dans ces pages, je ne partais pas me promener à la campagne par un beau matin de printemps. Même si j'avoue m'être dit par moments "bon là, il exagère, c'est vraiment dégueu... je ne compte pas le nombre de croix que j'ai apposées dans la marge au crayon à papier. Ces croix, ce sont ce que j'appelle des citations, des phrases tantôt magnifiquement poétiques, tantôt ignobles, mais tellement vraies et bien écrites.

                                    livre lu dans le cadre de
                                                        
                                                                               
Belledenuits vous donne son avis  plus mitigé
ICI et celui relativement neutre de Fleur LA

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Commenter cet article

maud 22/02/2009 11:17

Peit aparté : as tu reçu mon mail? Je ne sais pas s'il répond à tes interrogations... Peut-être trop centré sur ma prpre expérience... Pour F beidebeger, j'aime son ton et son regard, un peu gênée parfois par le côté autofiction qui d'après moi l'enferme un peu.

Géraldine 22/02/2009 12:04


Oui, je te remercie, j'y répondrais plus calmement ce soir car à, je dois partir. Mais bien reçu et réponds globalement à mes questions.  A ce soir !


maud 22/02/2009 10:01

De cet auteur, j'ai bcp aimé "L'amou dure trois ans" mais moins "Journal d'un jeune homme dérangée", quant à 99Frs, plein de trouvailles mais un peu trop chargé à mon gout... Et je trouve qu'il se répète, fidèle à cette image de lui qu'il veut bien nous dévoiler. Pour toutes ces raisons, je n'ai pas penser à lire ce dernier, mais là, j'ai un doute...

Géraldine 22/02/2009 11:03


je n'ai pas lu 99 Francs encore, seulement l'amour dure 3 ans et windows on the world. donc j n'ai pas encore cet idée de répétition...


Anne 16/02/2009 16:58

Suite à ton com’ sur mon blog, je trouve enfin le temps de venir te répondre. Je ne peux plus argumenter le pour et le contre, il ne me reste plus rien de ce livre aujourd’hui ! Alors que « L’amour dure 3 ans » m’a laissé un souvenir impérissable.
Je peux quand même dire que la baguette fraiche beurée au beurre salé au gros sel de Guérande ou Noirmoutier, avec ou sans chocolat, est pour moi le diable tentateur incarné !
Pas venue chez toi, pour rien, j’ai lu plusieurs de tes posts et j’ose dire que ton écriture me plait énormément. Je m’étais juré, il y a quelques temps de ne plus rajouter de liens dans Google Reader…promesse devenue vaine par ta faute.

Géraldine 16/02/2009 17:15


Merci pour tes compliments ! Moi de même, je me dis qu'il faut que je limite ma liste de blogs préférés" que tu viens d'intégrer...
Suis pas passée chez toi par hasard... Je recherchais pour nun petit éditeur des blogs dynamiques. Je lui ai promis une
liste d'une trentaine de blogs (dont tu es !) pour l'envoi d'une de ces futures éditions. Je lui envoie la liste et après il en fait ce qu'il en veut. Donc s'il n'y a pas de suite, il ne faudra pas
m'en vouloir ! lol


Lizotchka 16/02/2009 11:07

Encore un livre avec tous les clichés sur la Russie! Dommage!

hannelore 11/02/2009 17:08

En effet, ton résumé est une très jolie illustration; un régal.Et en plus tu defends mon auteur cruel preferré !

Géraldine 11/02/2009 17:18


Ben écoute, moi, je n'ai rien contre lui donc je ne vais pas m'acharner sans arguments comme plein de monde qui le déteste sans avoir vu un livre et qui se font une opinion sur un ou 2 passages
TV...


Aifelle 11/02/2009 07:00

Beigbeder, rien à faire, c'est non .. mais j'aime bien la façon dont tu l'as présenté.

Géraldine 11/02/2009 09:11


merci !


ficelle/sauf 10/02/2009 22:06

Je suis surprise, donc un peu intriguée, pas encore tout à fait convaincue mais sans doute pas très objective (il m'énerve), mais ton billet donne un point de vue qui titille… Bien joué. (je préfère le chocolat aux noisettes, c'est peut-être pour ça)

Géraldine 10/02/2009 22:28


Oui mais d'après Sarko, le choc noir n'est qu'à 5.5% de TVA, les autres à 19,6 ! Donc j'ai voulu écrire un billet moins cher !!! lol
Merci pour ton passage, à bientôt


Mary 10/02/2009 18:23

Coucou me revoilou ! contente de te retrouver sur le blog !Comme toi, j'ai été bouleversée par "Les noces rebelles".Quant au livre de Beigbeder, je ne sais pas si j'apprécierais, mais je trouve ton article original et ta comparaison  avec la baguette le beurre salé et le chocolat amer particulièrement ...talentueuse !bravo  et bisous !

Géraldine 10/02/2009 19:26


Merci, là, tu me prends en flagrant délis de lecture d'une histoire de chat.... A très très bientôt donc !


belledenuit11 10/02/2009 15:07

Ben finalement ouiii

A_girl_from_earth 10/02/2009 15:03

Dis donc tu arriverais presque à réussir à m'inciter à le rajouter à ma PAL! Je vais aller voir l'avis mitigé pour résister à la tentation!

Géraldine 10/02/2009 15:59


Méfie toi, car beigbeder parle bien d'une société de "tentation" et non plus de consommation ! lol


belledenuit11 10/02/2009 14:34

C'est clair que nos avis divergent sur ce livre même si on a bien ressenti le message que l'auteur voulait faire passer. Je pense que l'on peut dire les choses sans être autant vulgaire. C'est surtout ça qui m'a gênée. Mais comme tu le précises si bien certaines de ses phrases sont très poétiques, parfois ignobles mais tellement vraies...

Géraldine 10/02/2009 14:58


Donc finallement, on est assez d'accord en fait !


tante christine 10/02/2009 11:24

Là, par contre, ça ne me donne pas du tout envie... j'ai horreur de me sentir agressée par ce que je lis... et ce genre de roman qui souffle le chaud et le froid est fait pour ça !

Géraldine 10/02/2009 11:37


C'est vrai que c'est le genre de bouquin qui plait ou qui déplait... je peux tout à fait concevoir qu'il déplaise. je pense que le bouquin que je vais commencer demain (toute passion abolie ) par
contre devrait te plaire. C'est juste une intuition puisque bien sûre, je ne l'ai pas encore lu.
Gros bisous