LE TIRAILLEUR, BD de Piero MACOLA & Alain BUJAK

Publié le 19 Avril 2017

BD - Editions Futuropolis - 120 pages - 19 €

 

Parution en mai 2014

 

Le sujet : Suite à de nombreuses rencontre avec Abdesslem, les deux auteurs dressent le portrait de l'ancien tirailleur Marocain âgé maintenant de 80 ans. C'est donc l'histoire de son enrôlement quasiment de force dans l'armée française en 1939 à l'âge de 17 ans, les deux guerres qu'il a fait pour la France (39-45 et l'Indochine), son retour au pays, puis sa retraite forcée en France pour pouvoir percevoir sa retraite militaire.

 

Tentation : Le pitch et les dessins

Fournisseur : La bib'

 

 

 

Mon humble avis : Encore une BD magnifique et tellement utile, voire nécessaire. Nécessaire pour que ne tombent pas dans l'oubli ces hommes marocains, algériens, tunisiens, sénégalais... Ces hommes des anciennes colonies françaises qui ont été enrôlés plus ou moins de force dans l'armée Française à l'occasion de la guerre 39-45. Et qui se sont battus pour libérer la France, tout en étant traités comme des moins que rien, puis oubliés ou presque. Remis à jour parfois par un discours politique lors d'une commémoration et que l'on appelle : les Harkis

Cette BD alterne souvenirs racontés par Abdesslem lui-même, et des passages narrés par les auteurs. Il y a la jeunesse d'Abdesslem dans les montagnes marocaines, où il était berger auprès de sa famille. Lors d'un de ses passages en villes, alors qu'il accompagne un ami qui veut entrer dans l'armée Française, celle-ci le met de force, sans explication aucune, dans un camion... Quelques mois plus tard, le voilà sur le front en France. Lors de la débâcle, ces soldats maghrébins sont abandonnés par leurs officiers qui leur conseillent de rejoindre Marseille à pied, en marchant toujours vers le sud. Puis il y a l'arrestation par les Allemands et l'enfermement dans un Frontstalag, un camp réservé aux prisonniers de couleur sur le sol français, pour éviter que ces derniers n'altèrent la race aryenne d'une façon ou d'une autre. Ensuite, c'est le front italien, où ces tirailleurs sont chargés d'ouvrir une voie qu'aucune autre armée ne pourrait ouvrir. Je vous laisse imaginer les conditions de combat, accompagnées de malnutrition etc... Et quelques années plus tard, la guerre d'Indochine...

En tout pour Abdesslem, 13 années au service de l'armée Française, la promesse d'une pension de guerre jamais tenue et un droit à une petite retraite. Mais pour la percevoir, Abdesslem est obligé de vivre neuf mois par an en France. Il vieillit donc seul 9 mois par an, loin des siens, à Dreux, dans un foyer social que l'on appelait avant les foyers "Sonacotra". Sept mètres carrés et des années d'ennuis, alors qu'Abdelssem ne rêvent que de ses montagnes marocaines. Mais sa petite retraite est nécessaire pour faire vivre sa famille. Bref, on ne peut être que révolté par une telle aberration de système, une fois de plus.

Bref, Le tirailleur est un superbe album qui sonne tellement juste. Il prend aux tripes, est instructif à souhait, remet les choses souvent ignorées à leur place et l'Histoire en mémoire.

Par dessus-tout, il est illustré de splendides planches de dessins, sans doute réalisés aux crayons de couleurs et au pastel gras. Même si beaucoup de dessins sont sombres pour bien représenter l'enfer du combat, ils sont très réussis et très parlants. Dessins et textes sont vraiment respectueux de l'homme et de son histoire.

A la fin de l'album, l'un des auteurs part au Maroc passer quelques jours chez Abdesslem, puisque celui-ci a finalement renoncé à sa retraite pour rejoindre les siens. C'est donc une nouvelle rencontre, d'autres témoignages aussi et l'occasion d'un reportage photos sur l'environnement du Tirailleur.

Superbe, essentiel, très fort, puissant, incontournable album !

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Géraldine

Publié dans #BD...

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Rebecca G. 20/04/2017 21:21

Intéressante... Je ne suis pas très BD, mais tu me donnes envie de découvrir celle-ci. :)

A_girl_from_earth 19/04/2017 23:11

J'allais écrire "oh non, pas encore les guerres" mais tu es tellement enthousiaste que me voilà intriguée. Et puis tu as raison, on parle bien moins de tirailleurs marocains, sénégalais, etc...