PROFESSION DU PERE, de Sorj CHALANDON

Publié le 19 Juillet 2016

Afficher l'image d'origineRoman - Editions Grasset - 316 pages -19.00 €

 

Parution le 19 août 2015 (Rentrée littéraire)

 

L'histoire : Le narrateur (alias l'auteur), devenu adulte, raconte son enfance. Sa vie entre ses deux parents, l'école, l'époque (années 50 - 60). Mais surtout, la mythomanie, la paranoïa et la violence de son père envers lui. Et le silence et la soumission de sa mère, même lorsque les coups pleuvaient. Puis sa vie d'adulte jusqu'au décès de son père, en 2011.

 

Tentation : Chalandon incontournable

Fournisseur : Ma CB

 

 

 

 

 

Mon humble avis : La rentrée littéraire 2016 approche à grands pas alors que je n'ai même pas encore lu mes romans de celle de 2015. En fait, depuis octobre et mon achat, je reporte constamment la lecture de cette "Profession du père", tant je reste "traumatisée" par ma lecture du Quatrième mur, qui m'avait laissée exsangue, tant l'atmosphère du livre était suffocante et dure (la guerre du Liban).

Avec Profession du père, le sujet n'est guère plus "joyeux", l'ambiance pourrait être étouffante, mais le style employé par Sorj Chalandon sauve le lecteur de l'asphyxie.

L'histoire se déroule souvent dans un petit appartement clos, aux volets fermés, qui ne reçoit jamais de visite. Un appartement où l'on vit en fonction de l'humeur du père, craignant toujours une "explosion". Mais c'est Emile qui conte son enfance, alors, il y a toujours l'innocence et la naïveté infantile, alors le climat s'en trouve un peu allégé. Faussement allégé bien sûr, car c'est une tragédie qui se déroule sous nos yeux. Emile à l'imagination et l'innocence de son âge et pourtant, sous les coups ce son père, il ne vit déjà plus dans l'enfance.

André le père souffre de mythomanie et de paranoïa pathologiques, mais jamais diagnostiquées. Ni même par la mère qui subit elle aussi les délires et l'irascibilité de son mari sans se poser de question, sans se rebeller. Soumise.

André s'invente mille et une vies, mille et une professions alors qu'il passe la majeur partie de son temps à la maison, au lit ou parfois, dans la carrosserie automobile d'un "ami". Alors, à chaque rentrée scolaire, le jeune Emile s'interroge pour remplir la case du dossier scolaire : profession du père : champion de judo, parachutiste, compagnon de la résistance, ami intime de de Gaulle, pasteur etc... Jusqu'au jour où son père lui "avoue" qu'il est espion pour l'OAS et la CIA (je tais les moult arguments du père pour que son fils le crois). Alors Emile croit son père et cet énième mensonge, se croit lui aussi membre de l'OAS, recrute un camarade de classe et prévois, pour faire plaisir à son père, de tuer de Gaulle en 1961... 

Si les circonstances n'étaient pas aussi dramatiques, on pourrait rire de certaines situations, de certains quiproquos, de certaines réflexions d'enfants et du regard de celui-ci sur son "rôle" dans l'OAS etc. Mais tout ce que vit Emile dépasse l'entendement...

Et l'on ne rit pas. Dans profession du père, Sorj Chalandon quitte les grands conflits de l'Histoire (après l'Irlande, le Liban) et nous fait vivre une guerre familiale, jamais vraiment déclarée, et finalement reconnue uniquement par le fils. Violence physique et mentale, manipulation, tyrannie paternelle, humiliations domestiques, voilà le quotidien d'Emile enfant, puis d'Emile adulte, même si celui-ci vit sa propre vie, la plus éloignée possible de ses parents destructeurs. Le roman s'ouvre par les funérailles du père, alors on sait dès le début ce qu'il en est. Mais, au fil des pages, on ne peut qu'être glacé par ce que vit le jeune Emile, puis le moins jeune, et admiratif devant le chemin et la reconstruction personnels réalisés. Car oui, l'on se demande à chaque page : mais comment grandir, se construire, se reconstruire, survivre et trouver un équilibre après tout cela ? Comment redevenir "normal" ?

Les situations ubuesques et le style magistrale de Chalandon permettent aussi au lecteur de survivre à cette lecture, et si celle-ci restera à jamais gravée dans ma mémoire.

Alors, toute mon admiration pour l'auteur et ce livre qu'il est parvenu à extirper de sa mémoire et de son âme, et toute mon admiration à Sorj Chalandon pour l'Homme qu'il est devenu.

A lire, évidemment... Et pour info, Profession du père sort en format poche fin août.

Rédigé par Géraldine

Publié dans #Littérature française

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Commenter cet article

Noukette 26/07/2016 10:43

Toujours pas lu Chalandon... Oui, je sais, je n'ai aucune excuse ! ;-)

sylire 23/07/2016 10:14

J'ai l'impression de l'avoir lu, après avoir entendu l'auteur le présenter et lu beaucoup de billets. Je le lirai certainement mais sans urgence.

viviane 19/07/2016 18:56

Je ne partage pas ton enthousiasme. J'aime beaucoup Chalandon ( et on se souvient de lui en conférence où il était très émouvant) : "mon traître", "retour à Killbegs", "le quatrième mur" sont des romans formidables."Une promesse" et "la légende de nos pères" étaient de très bons livres, moins durs que les trois autres et agréables à lire. Par contre je n'ai pas aimé "profession du père", et spécialement la narration à la 1ère personne d'un adulte s"exprimant comme un enfant que j'ai trouvée insupportable, et l'histoire, ennuyeuse. Le roman devient presque intéressant lorsque le personnage est devenu adulte, mais c'est la partie la plus brève du livre... pour ma part j'attends le prochain ;-)

keisha 19/07/2016 09:30

Un auteur vu en salon, mais jamais lu. Cela parait plutôt dur!